Rien de tel qu’ une belle journée de décembre  que seul le climat d’Alger permet pour faire une visite au Musée des Beaux-arts. Vous avez tout en un seul lieu, en une matinée : la ballade, l’art sous toutes ses formes, la vue d’Alger dont on ne se lasse jamais. Et agréablement surpris par la sollicitude des agents du musée. 

Si vous arrivez avant neuf heures, l’heure d’ouverture, je vous conseille vivement de faire une sympathique escale au kiosque situé en face du musée, sous les grilles du Jardin d’essai : le thé est excellent et les fruits secs sont bons pour la santé. 

L’entrée est gratuite pour les plus de soixante ans. C’est quand même agréable de ne pas payer, même si l’amour-propre en prend un coup, surtout lorsque le préposé vous annonce d’emblée que vous êtes éligible à la gratuité.  Pour le reste, c’est 200 dinars par personne, plus 200 dinars si vous voulez prendre des photos. De très belles cartes postales sont proposées au public, ainsi que quelques titres de livres sur l’art et d’art.

Le musée est aussi un lieu tout en un. Vous avez la peinture bien sûr, la sculpture, le dessin,  la porcelaine, la miniature, le mobilier d’art, et une bibliothèque de livres d’art. Une richesse et une diversité  pour ne pas sentir le temps passé, surtout pour ceux que l’art ennuie. 

L’art est partout, dès l’entrée. Au rez-de-chaussée, une mise en bouche de peintures du 20ème siècle d’Europe de l’est. D’illustres inconnus pour le profane. L’Algérie a reçu beaucoup d’œuvres d’art contemporain offertes lors de l’indépendance.  Tout le long des escaliers, des bronzes sont alignés jusqu’au dernier étage, dont ceux du très célèbre Paul Belmondo, père du nom moins célèbre, mais dans un autre domaine, Jean-Paul Belmondo. 

Les peintres algériens occupent une salle entière, avec une toile ou deux pour chaque peintre, même si le musée en possède beaucoup plus. Tous les tableaux d’Issiakhem par exemple ne sont pas exposés. C’est dommage, parce qu’ à lui seul il mérite une salle dédiée. Carré bleu, propriété du musée, doit absolument être exposé au public, de façon permanente. C’est notre Joconde. 

Mohamed Racim, peintre, calligraphe et miniaturiste,  a une salle dédiée et c’est un bonheur pour les amoureux de cette  peinture. Des tableaux de Racim, moins connus que ses miniatures, sont exposés et qu’il faut absolument découvrir. 

Une salle réunit également des tableaux de Etienne Nasr-Eddine Dinet.

Pour la peinture européenne, ils sont tous là, sur cinq siècles,  tous représentés, par quelques tableaux, un tableau, un dessin, comme Picasso par exemple ou Matisse. Mais vous avez des tableaux de Renoir, de Degas, Monet, Sisley, David, Chassériau, Courbet, Géricault, Delacroix, Millet, Utrillo, Vlaminck,  Gauguin, Pissarro et j’en passe. Il y a aussi Daumier, l’ancêtre des caricaturistes. Et dans toutes les salles, des sculptures (Rodin, Bourdelle) , des objets d’art en tous genres. Au milieu d’une salle trône par exemple un piano Pleyel numéroté.   

La bibliothèque du musée est un lieu très agréable qu’ un agent nous a spontanément proposé de visiter. C’est une salle de dimension moyenne, lambrissée, et bien sûr tapissé de livres sur l’art. Autre particularité de cette bibliothèque : une dizaine de tableaux de Baya y sont accrochés, à cinq ou six du sol, juste sous une verrière utilisée comme puits de lumière. Sans être spécialiste, je sais que la lumière naturelle directe peut être nuisible pour un tableau. Aucun tableau de Baya n’est par ailleurs visible dans les salles du musée. 

Le musée ayant été plastifiée par l’OAS, quelques   300 œuvres du musée ont été transférées en France à la veille de l’indépendance, pour leur éviter le sort de la Bibliothèque universitaire partie en fumée à cause de la folie meurtrière des ultras. Elles ont toutes été récupérées en 1968 et offertes au regard du public lors de la réouverture du musée en 1969, à l’occasion du 1er Festival Panafricain d’Alger. Le fonds du musée est riche de 8000 œuvres environ 

Pour deux cents dinars, vous faites un tour d’horizon de toute la peinture européenne sur quelques siècles, une vision sur l’art algérien sous toutes ses facettes. Sans oublier que le musée en lui-même, par son architecture, est une œuvre d’art. 

Et si l’art vous ennuie (nul n’est parfait), si vous apportez quelques victuailles avec vous, vous pouvez vous installer sur une des tables de la terrasse et déguster  avec vue sur le Jardin d’essai et la baie d’Alger, merveilleuse et inchangée et dont on ne se lasse jamais.

Ceci, aucun musée au monde ne vous l’offrira, ou du moins pas pour 200 dinars. Alors, à tous, je dis : allez-y sans hésiter ! A mes amis retraités en particulier,  je dis : remisez pour une matinée votre amour-propre et allez-y ! C’est un peu dur au début, mais vite on s’habitue ! Et puis, l’art rajeunit…nos neurones.