Les deux protagonistes libyens à Moscou – archive (DR)

«Nos frères libyens s’entre tuent en plein Ramadhan et le sang coule alors qu’il y a la crise du Coronavirus. Il y a du chaos et encore du chaos. Pourquoi? Pour le pouvoir? Où est l’Etat libyen? La Libye est parmi les plus riches Etats en Afrique. Nous sommes presque parvenus à régler la crise libyenne, on nous a empêché. Certains disent que si l’Algérie avait réussi à régler la crise libyenne, elle serait revenue aux avants scène de la diplomatie internationale. Des calculs géopolitiques. La désignation récente d’un diplomate algérien (comme envoyé spécial de l’ONU en Libye) aurait contribué à régler la crise, mais cela a été refusé », a déclaré le président Abdelmadjid Tebboune, lors d’une interview télévisée, diffusée vendredi 1 mai 2020. Les Etats Unis, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, a émis des réserves sur la proposition du nom de Ramtane Lamamra, ancien ministre algérien des Affaires étrangères, comme nouveau envoyé spécial de l’ONU en Libye, après la démission du libanais Ghassan Salamé, début mars. Lamamra a annoncé, jeudi 16 avril, avoir retiré son acceptation de principe de ce poste, proposé par Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies. « Je le dis et je le répète, rien ne se fera en Libye sans l’Algérie. Nous sommes du côté d’aucune partie (en conflit). Nous sommes aux côtés du peuple libyen. J’ai expliqué aux envoyés spéciaux des chefs d’Etats venus ici (à Alger) les solutions qui existent. Nous sommes avec la légitimité populaire. Il faut aller vers un nouveau départ, nous avons notre expérience et nous connaissons les frères libyens. Nous voulons une solution libo-libyen avec l’aide des frères (algériens) qui n’ont rien demandé. Ils n’ont aucune arrière-pensée ni économique, ni géostratégique ni d’influence ou autre. Notre sang a coulé, nous ne voulons pas que le sang des frères libyens coule. Nous connaissons l’amertume de ce genre de situations, nous l’avons vécu », a ajouté le chef de l’Etat.

« Toutes les tribus libyennes acceptent la solution algérienne »

Le plan de sortie de la crise libyenne passe, selon lui, par l’installationd’un Comité national de transition (CNT) qui désigne un gouvernement provisoire, lequel va engager un processus électoral pour le retour à la légitimité. « C’est facile. Toutes les tribus libyennes acceptent la solution algérienne. L’Algérie est avec la Libye, aide avec ce qu’elle peut. L’Algérie n’a jamais fait entrer une balle en Libye, mais elle envoie des médicaments et d’autres aides.C’est cela le vrai voisinage. L’Histoire nous l’a montré, aucune crise, comme celle de la Libye, ne peut être résolue par les armes. On revient toujours, à la fin, à la table de négociation. Autant le faire rapidement pour limiter les dégâts. Que les libyens s’entendent entre eux. On regrette les derniers dérapages, mais nous n’allons pas abandonner la Libye et nous sommes en mesure de régler le problème en Libye. Nous sommes connus par notre honnêteté et la médiation algérienne est demandée partout, neutralité totale», a appuyé Abdelmadjid Tebboune. Le lundi 27 avril, Khalifa Haftar, autoproclamé chef de l’Armée nationale libyenne, basée à Benghazi, dans l’Est de la Libye, a annoncé qu’il rejetait les Accords politiques de Skhirat de décembre 2015 (signés sous l’égide de l’ONU) et qu’il avait reçu « mandat » du peuple libyen pour diriger le pays sans préciser de quelle manière. Cette annonce-surprise a été rejetée par des « alliés » de Haftar comme la Russie et les Etats Unis.

« 3000 tonnes d’armement sont entrés en Libye »

Tebboune est revenu sur le déversement des armes en Libye, pourtant sous embargo onusien. « Le mois de l’établissement de la Déclaration de Berlin (conférence du 19 janvier 2020 consacrée à la Libye), 3000 tonnes d’armement sont entrés en Libye. Donc, il y a un encouragement. Pourquoi ne veut-on pas de la stabilité en Libye? Sommes-nous visés par cette situation? Il y a de très mauvais signes en Libye. Si le feu n’est pas maîtrisé, il va tout ravager dans les pays voisins et dans le non voisinage. La Libye n’est pas loin de l’Italie. C’est pour cela que l’Italie partage notre point de vue à 100 %, aucune virgule nous sépare. J’espère que les gens reviennent à leur conscience et laissent les libyens régler leurs problèmes », a-t-il estimé. Alger et Rome sont favorables à une solution politique à la crise en Libye à travers un dialogue inclusif et rejet total de toute intervention militaire étrangère. « La décision est que notre armée n’intervienne pas en extérieur, mais elle peut apporter son aide sur le plan technique en ce qui concerne l’organisation », a précisé le chef de l’Etat.