Coronavirus: faire face à la crise économique

Comme à chaque fois que l’Algérie connaît une situation de tension ou d’incertitudes politiques, la monnaie nationale voit sa valeur plonger par rapport aux principales devises, à commencer par l’euro. Ces derniers jours, plusieurs informations ont fait état d’un nouveau dévissage tant en ce qui concerne le taux officiel (un euro vaut en moyenne plus de 132 dinars, ce qui, inversé, signifie qu’un dinar permet d’acheter 0,0075 euro) et le taux parallèle – ou au noir – où l’euro s’échange autour de 202 dinars, le seuil symbolique d’un euro pour 200 dinars étant donc dépassé.

La faute aux banques ?

Ce qui frappe nombre d’étrangers qui découvrent l’Algérie, c’est l’écart important qui existe entre le taux officiel et celui du change au noir qui est, rappelons-le, officiellement illégal mais qui n’en demeure pas moins incontournable quel que soit la personne ou l’acteur économique qui entend mener une ou plusieurs opérations de change. Dans de nombreux pays à la conjoncture plus ou moins comparable à celle de l’Algérie, il existe bien un écart entre cotation officielle de la monnaie et taux pratiqué par les changeurs privés (légaux, comme par exemple dans le cas du Liban). Mais dans le cas algérien, la différence est de taille et elle est la traduction des dérèglements et dysfonctionnements de l’économie algérienne.

Que nous dit cet écart ? Une lecture néolibérale de la situation indiquerait que le taux de change officiel est artificiel puisque le marché, le «vrai», celui qui met en rapport demande et offre «réelles» affiche un autre taux. Dans le même temps, on voit mal la Banque d’Algérie courir après le taux au noir. Le faire, correspondrait à une véritable dévaluation du dinar. Cela aurait des conséquences positives en ce qui concerne la réduction des déficits mais les effets négatifs (inflation, pertes de change,…) seraient immédiats et plus importants.

Une autre manière d’aborder le problème est de s’interroger sur l’importance de l’offre sur le marché parallèle. D’où viennent tous ces euros qui s’échangent au détour d’une rue ou dans une simple boutique d’apparence modeste ? En se posant cette question, on prend la mesure des problèmes structurels de l’Algérie lesquels remontent à loin. Il y a d’abord le fait qu’une grande partie de la diaspora n’a aucune confiance dans le circuit bancaire. Envoyer de l’argent au pays par virement, c’est accomplir un acte qui paraîtra totalement idiot ou téméraire. Pour arriver à contrebalancer cette situation, il faudra donc que le secteur bancaire soit profondément réformé (un vieux serpent de mer).

Trafics et corruption

Mais il n’y a pas que cela. L’abondance d’euros sur le marché noir témoigne aussi de l’importance des mécanismes de corruption et de fraude en matière de commerce extérieur. Les uns sous-facturent leurs recettes (exportateurs) et les autres surfacturent leurs dépenses (importateurs). Dans les deux cas, il s’agit d’avoir des devises en plus dont une partie sera injectée dans le marché parallèle afin d’obtenir des dinars à bon prix. Lesquels dinars permettront d’obtenir des devises, au taux officiel, et donc à tout aussi bon prix. Et ainsi de suite. C’est cette triche généralisée, délibérée, qui mine l’économie algérienne et contribue à l’épuisement des réserves de change. Tout le monde en est conscient mais comment lutter contre cette pratique qui démontre bien que de nombreux opérateurs économiques ne croient guère en leur propre pays. Et c’est bien ce que traduit le taux de change sur le marché parallèle.