Parasite ou les paradoxes de la société sud-coréenne
Affiche du film

Pour la première fois de son Histoire, l’Academy des Oscars donne la statuette du « Best picture » (meilleur film) à un long métrage en langue étrangère, non anglophone. « Parasite » du sud-coréen Bong Joon-Ho a décroché, dimanche 9 février, au soir, lors de la 92ème cérémonie des Oscars à Los Angeles, cette récompense suprême. Il a également obtenu, l’Oscar de la meilleure réalisation, du meilleur scénario original et du meilleur film en langue étrangère. Quatre Oscars qui consacrent un cinéma sud-coréen de plus en plus innovant, créatifs, frais et audacieux. « Je pensais être tranquille jusqu’à la fin de la soirée. Quand j’étais à l’école de cinéma (la Korean Academy of films arts), j’ai étudié les films de Martin Scorsese. Etre nommé avec lui était déjà un grand honneur, je ne pensais pas que je pourrais gagner », a déclaré Bong Joon-Ho avant de demander à la salle de rendre un hommage au cinéaste américain. The Irishman (l’irlandais) de Martin Scorsese, qui a pourtant fait beaucoup de bruits après sa sortie sur Netflix, n’a rien obtenu. Bong Joon-Ho a également salué, l’autre maestro américain, Quentin Tarantino qui a accepté de programmer « Parasite » dans les salles aux Etats Unis où l’accès aux salles pour les films étrangers est souvent compliqué.

Une satire sociale féroce

Quentin Tarantino était en course aux Oscars avec son film « Once upon a time in Hollywood », une histoire nostalgique sur un certain cinéma américain de la fin des années 1960. Nominé dans dix catégories, le long métrage n’a obtenu que deux Oscars, celui du meilleur second rôle pour Brad Pitt, l’éternel oublié des Oscars, et du meilleur décor pour le duo Barbara Ling et Nancy Haig. « Parasite », qui a décroché la Palme d’or au Festival de Cannes en mai 2019, est une satire sociale féroce sur les inégalités dans le pays du « Petit matin calme », sujet traité par le passé le cinéma sud-coréen mais pas avec la même finesse que celle montrée par Bong Joon-Ho, un sociologue de formation. Le cinéaste, qui s’est distingué déjà avec des longs métrages tels que « Memories of murder » (2003), « The host » (2006) et « Okja » (2017), a plongé dans « Parasite » dans l’univers d’une famille pauvre à Séoul, les Ki-Taek dont le fils donne des cours d’anglais chez une famille aisée, les Park. Deux mondes différents, opposés ! Les paradoxes de la société sud-coréenne, les transformations brutales imposées par les choix économiques et la perte de repères intéressent Bong Joon-Ho qui n’hésite pas à recourir à la fable, au thriller, au polar ou à la comédie noire pour raconter la Corée contemporaine, prospère mais triste.

Un mélange de genres qui fait de lui, le cinéaste coréen le plus en vue actuellement. Il provoque le débat, y compris politique, en s’adressant à un large public. Les films de Bong Joon-Ho sont populaires. Il faut peut-être noter que le cinéma asiatique, comme le japonais, le coréen ou le thaïlandais, se concentre, ces dernières années, sur la famille pour raconter les drames et les tourments du temps présents. Un cinéma qui plait et qui « parle » à l’ensemble de l’humanité.