Les luttes de libération et les indépendances ont vu éclore des écoles de peinture dont celle d’Alger, de Tunis, de Casablanca qui iront interroger les sociétés dans leurs rapports à la nation, aux identités, aux traditions, au passé colonial…

En Algérie, certains peintres tenteront une synthèse entre l’École de Paris (qui en fait désignait le lieu où les artistes étrangers venaient faire une résidence et qui sera supplanté par l’École de New York durant les années 1960) et l’originalité algérienne avec Mohamed Khadda, Mahjoub Ben Bella ou Abdellah Benanteur ; les « artistes de l’entre-deux » dira d’eux Pierre Gaudibert.

Abdellah Benanteur s’installera en France, tout comme Mahjoub Ben Bella. Benanteur, peintre de la grâce, du spirituel et de l’intime à la fois. Tous les deux sont reconnu par les musées internationaux et ignoré dans leur propre pays voire ostracisé . Ils ont refusé les consignes qui intimaient aux artistes une rupture avec les positions idéalistes et individualistes. Par la suite ils n’ont jamais participé à ce qu’on a appelé un art militant,.

La qualité du travail de Abdellah Benanteur ou de Mahjoub Ben Bella n’a fait, jusqu’à aujourd’hui, l’objet d’aucune reconnaissance par l’État algérien alors que ses œuvres ont été acheté par tous les musées occidentaux, Mahjoub Ben Bella et Abdellah Benanteur sont morts oubliés par les leurs.

Des artistes « hybrides » résidant souvent en dehors de l’Algérie qui ont souligné les limites mais aussi les ravages d’une définition nationale figée et psychorigide de l’identité. En effet, aujourd’hui, la mondialisation de la création contemporaine ne peut que mettre en échec toute velléité de « nationalisation » ou de récupération à des fins idéologiques des artistes. Bien sûr ils interagissent avec les territoires dont ils sont originaires et s’en font les témoins. Cependant, par leurs contributions, ils questionnent et objectivent les tensions de leur société d’origine, mais aussi l’histoire de l’art toute entière.

Sur le boulevard Zabana à Oran je me suis souvent arrêtée aux Beaux Arts là où Mahjoub Ben Bella avait fait ses études, avant le grand voyage vers la Picardie qui lui fera exploser son imaginaire. Il ne fut alors plus question de calligraphie mais de taches colorées à la polyphonie magique.

Sa peinture lié au signe et à la couleur se fit répétition sur des toiles géantes, à Roubaix il avait recouvert douze kilomètres de pavés, les transformant en rouleaux d’écritures.

Comme dans un chant incantatoire lancinant et vibrant jusqu’à la transe, il couvrait la toile jusqu’à l’excès et l’emmenait vers l’abstraction.

Aujourd’hui je me souviens de ses premiers travaux faits de journaux contemporains de la guerre d’Algérie, cousus comme un talisman au texte sacré.

L’Algérie de par son histoire, sa situation géographique, la jeunesse de sa population, sa richesse, elle a un rôle à jouer, mais cela nécessite du travail, de l’exigence, de la remise en question, de la recherche et de la ténacité ; il en va ainsi de la lutte contre l’appauvrissement artistique et esthétique de notre rapport au monde et du développement d’une nation toute entière.

N.B. à lire L’Algerie au présent  « Nos absents les artistes dans la société algérienne « . Editions Khartala