entraide et sensibilisation: les étudiants à l'oeuvre
entraide et sensibilisation: les étudiants à l’oeuvre

Les initiatives prises au niveau des quartiers et villages attestent d’une réalité révélée au grand jour par le Mouvement populaire du 22 Février 2019 : la montée en puissance de la Société civile. Les carences, les choix contestables et les retards constatés au niveau des institutions de l’État étaient prévisibles. Les ressources du pays n’ont pas connu les affectations prioritaires attendues par les citoyens. Les dépenses de prestige, les cadeaux faits aux affairistes de connivence, la gestion administrative de l’industrie et de l’économie  et la politique sociale démagogique ont grevé ces ressources et les secteurs clefs de la vie du pays sacrifiés. Aujourd’hui, on mesure combien l’émergence de la Société civile est salutaire pour le pays. Devant les retards pris par les gouvernants pour organiser le confinement, les citoyens ont pris les devants. Quartiers et villages défendent leurs localités contre la propagation du virus covid 19. Ces initiatives locales contribuent à la protection du pays tout entier.

La montée en puissance de la Société civile.

Grâce aux réseaux sociaux, l’opinion publique prend connaissance des initiatives locales. Les médias publics, la Télévision nationale en particulier, accordent leur priorité à la promotion du rôle de l’État et de ses dirigeants alors que justement le décalage avec les besoins de l’action sanitaire est considérable. Il est tout à fait concevable de corréler la prise de responsabilité des citoyens avec leur revendication de liberté. Malgré la répression et la surdité des gouvernants, les citoyens ont déjà accédé à la liberté de disposer d’eux-mêmes. Ils se sont libérés de l’attentisme qui les mettait à la traine d’un État globalement défaillant. C’est un puissant facteur d’évolution de la Société. Les résultats seront certainement à la hauteur du niveau de citoyenneté assumé. L’étatisme connait une phase régressive. Pas seulement en raison de la baisse des recettes d’exportation des hydrocarbures. Il marque les limites de l’autoritarisme, du centralisme bureaucratique qui lui permettent de concentrer trop de pouvoirs au détriment de la Société civile. L’État autoritaire étouffe les initiatives dans son délire du « tout contrôler». Le paternalisme déployé pour exercer sa tutelle paralysante infantilise les citoyens qui gardent alors la tête levée vers le haut attendant que l’État décide de ce qu’il y a à faire. Seulement, cet État est dans l’impossibilité de connaitre les situations locales et particulières. Il reste dans les généralités perceptibles au niveau central et ne peut manifester sa présence partout. Sa politique est nécessairement discriminatoire. Car ne pouvant satisfaire tout le monde, il dégage ses priorités. A l’inverse, les citoyens autonomes et responsables se prennent en charge et déploient une solidarité qui élargit le champ de leur intervention.  Le centralisme étatiste inhibe les citoyens. Il est temps qu’il cède la place à l’État démocratique, à l’État des libertés et de la responsabilité citoyenne.

Le recul de l’ignorance et des préjugés

La Société civile a passé avec succès deux tests. Elle a très vite compris que la poursuite des manifestations qui avaient déjà atteint la 56ème semaine mettait en danger les citoyens. C’est certainement la mort dans l’âme que face à l’intransigeance des gouvernants, elle a dû se résoudre à suspendre les marches hebdomadaires. La priorité, sauver des vies et préserver les chances pour les actions futures l’a emporté. C’est un signe évident de maturité. C’est également le recul du fatalisme prôné essentiellement par des intégristes religieux relayés par des islamistes. L’échec politique est patent. Le Hirak n’est pas à la merci de la première manipulation venue. La convergence des adhésions individuelles au Hirak constitue le rempart solide que les « prophètes de la déviation » n’arrivent pas à comprendre, qui nient les individualités et leurs choix responsables, qui s’entêtent à considérer le Hirak comme une « masse » manœuvrable à souhait. Les analystes géopolitiques et nationalistes-étatistes en sont pour leurs frais. Le deuxième test passé avec succès, c’est l’annulation des rassemblements dans les mosquées. Terrain réputé difficile, les mosquées étaient considérées comme le sanctuaire des intégristes religieux. L’appel à effectuer les prières journalières et hebdomadaires chez soi pouvait paraitre périlleux. Malgré des résistances ici et là, la mesure est appliquée et le fatalisme, fruit de l’ignorance et des préjugés, subit là un échec cuisant. La menace de mort est certes un argument fort. Mais la déresponsabilisation que le fatalisme engendre peut conduire à des gestes suicidaires. Cette deuxième épreuve de vérité s’inscrit dans la mentalité nouvelle que le Hirak répand dans la Société. L’union réalisée dans les manifestations a trouvé son prolongement dans la disponibilité des pratiquants à accorder leurs croyances avec les informations scientifiques et les responsabilités humaines. C’est prometteur même si les obstacles restent importants avec les gesticulations de l’extrémisme encore persistant.

L’avenir est à la Société civile

En tant qu’entité disposant des moyens importants et de pouvoirs très étendus, l’État garde une responsabilité qu’il serait démagogique de nier ou de repousser. Mais c’est un État centralisateur, autoritaire et inévitablement défaillant. La Société civile est condamnée à prendre ses responsabilités. C’est ce qu’elle commence à faire. Privée d’une juste représentation dans les institutions que la démocratie lui destine normalement, elle se forge des moyens adaptés aux besoins et aux circonstances. Les initiatives des quartiers et villages dans la lutte contre la propagation du virus covid 19, la conscience professionnelle du personnel soignant qui surpasse la tutelle administrative, les actions d’informations autant pédagogiques que subtiles des internautes, la contribution d’industriels à l’acquisition du matériel manquant sont les gages d’une société civile ascendante. Si l’on devait mesurer un indice de citoyenneté intégrant les actes de civisme – sens des droits et devoirs-  de civilité –respect des personnes et des biens- et de solidarité – actions caritatives et altruisme-, nul doute que cet indice est en hausse. Le Hirak, fruit de la montée de la citoyenneté, produit ses effets. A ce rythme, il est en passe de transformer la suspension des manifestations en un répit révélateur de sa puissance et de son audience. L’État autoritaire et ses affidés ont tout à craindre, l’Algérie tout à gagner.