Lutte contre Coronavirus : les propositions d'un groupe experts algériens
Lutte contre Coronavirus : les propositions d’un groupe experts algériens

« Nouris par « l’expérience vécue ici ou ailleurs », un groupe d’experts algériens a proposé un plan d’action pour lutter contre la propagation du Covid-19 (Coronavirus) en Algérie. Il s’agit de deux professeurs ayant déjà collaboré avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Mohammed Belhocine et Khaled Bessaoud, du Professeur Leila Houti, du docteur Allel Louazzani, épidémiologistes et du Professeur Nordine Zidouni, spécialiste en maladies respiratoires. « Dans les cas d’urgence sanitaire, l’intelligence collective ne doit souffir ni d’exagération ni de minimisation des faits, ni de mise à l’écart des compétences ou des idées d’où qu’elles proviennent, l’ennemi étant en la circonstance non pas le collègue, le citoyen ou même l’adversaire, mais le Covid-19. En connaître toutes les facettes quant à sa transmission, son contrôle et le traitement des patients qui en sont atteints est bien la priorité des priorités », écrivent-ils dans un document intitulé « Contribution d’un groupe d’experts algériens à la réflexion sur la lutte contre le Covid-19 », parvenu à Radio M Post. Lutter contre une pandémie pose, selon eux, un énorme défi organisationnel auquel la structuration traditionnelle des services publics, « avec ses cloisonnements et ses procédures », ne peut pas répondre avec l’efficacité et la rapidité imposées par les circonstances. Ils appellent à tirer les leçons des épidémies récentes contre le SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère), en 2002, le SRME( Syndrome respiratoire du Moyen Orient), en 2012, et l’Ebola en Afrique, en 2014. Une des leçons majeures tirées de ces épidémies, c’est « la nécessité absolue » d’une organisation ad hoc de la riposte. Ils soulignent que l’OMS suggère qu’une telle organisation s’articule autour de huit piliers. Il s’agit de

1-Coordination, planification et suivi à l’échelle nationale

2.Communication de risques et engagement communautaire

3. Surveillance, réponse rapide et enquête autour des cas

4. Points d’entrée

5. Laboratoires nationaux

6- Prévention et contrôle de l’infection

7-Traitement des cas

8-Soutien opérationnel et logistique

« Il y a beaucoup de travail et d’efforts à déployer, surtout si l’on pense à une absolue nécessité de décentralisation de l’organisation qui doit, au fur et à mesure, épouser les contours géographiques de propagation du virus, sans négliger de préparer les autres wilayas à faire face à toute éventualité », relèvent les experts. Ils saluent les mesures de confinement prises d’une manière graduelle qui permettent de « réduire quelque peu la propagation du virus dans la société » mais qui ne règlent pas de « façon radicale » le problème de la transmission du virus.

Adopter la démarche dite du « Suivi des contacts »

« En effet, à la levée du confinement, il peut y avoir reprise de la transmission si des porteurs sains (souvent contacts de patients ou contacts de contacts de patients) sont restés non recensés. Si l’on veut parvenir à une réponse efficace, comme ce qui a été réalisé avec Ebola en Afrique de l’Ouest, avec le SRAS à Hong Kong, ou avec Covid-19 en Chine, en Corée du Sud ou au Japon, on ne peut absolument pas faire l’économie de mesures strictes de santé publique, comme le recommande d’ailleurs avec insistance l’OMS. En complément du confinement et de la surveillance des points d’entrée, la démarche appelée « Suivi des contacts » (« Contact tracing » en anglais) est impérative. Elle nécessite la mise sur pied d’équipes mobiles de quelques personnes dirigées par un épidémiologiste ou un médecin dont la mission consiste en l’identification des cas (de maladie), l’identification des contacts autour des cas, l’identification des contacts des contacts, l’isolement de tous ces contacts (dans l’immense majorité des cas, sur le lieu de résidence), le suivi quotidien de ces contacts pendant 15 jours sur la base d’une procédure d’opération normalisée («Standard Operating procedure » ou SOP), avec des imprimés précis à remplir de façon exhaustive et la rédaction d’un rapport quotidien de situation transmis en temps réel à l’unité centrale de gestion de l’épidémie», est-il expliqué. Les équipes pourraient être identifiées au niveau communal en s’appuyant sur les services de prévention et les bureaux communaux d’hygiène et en faisant appel, si besoin, aux agents d’assainissement qui ont travaillé par le passé sur l’épidémie de choléra par exemple, et si le besoin s’en faisait ressentir, à des médecins, infirmiers, qui seraient formés à la mission. « Les enquêtes doivent être le plus exhaustives et le plus rigoureuses possible pour ne laisser échapper, si possible, aucun contact.  L’expérience d’Ebola a permis de tirer de nombreuses leçons : c’est quand on devient très rigoureux dans l’identification de tous les contacts et qu’on les isole, qu’on réduit substantiellement la survenue de nouveaux cas autour d’un cas. cette rigueur doit tenir compte du fait que dans certains cas, les contacts, de peur d’être confinés, disparaissent, parfois avec la complicité de leurs proches. S’ils ne sont pas retrouvés, ils constituent des « bombes à retardement » », est-il noté. Aussi, les experts proposent-ils de faire appel à des psychologues, des sociologues et des anthropologues.

Désigner « un Coordinateur national »

Ils préconisent la création d’un système dit de gestion d’incident (SGI) au lieu d’une commission nationale chargée de superviser les activités de riposte (comme c’est le cas actuellement). « Tous les pays ont évolué vers une organisation comprenant des épidémiologistes, des gestionnaires de données, des spécialistes de gestion des urgences et des communicateurs de santé, organisés dans le cadre d’un SGI. Répétons qu’une riposte d’urgence nécessite un organigramme et une chaîne de commande clairement définis, une gestion efficace des ressources et une planification détaillée. Le SGI est confié à un Gestionnaire d’incident ou Coordinateur national qui ne fait que cela, libérant par la même les autorités sanitaires ou autres qui peuvent se concentrer sur les aspects de gestion courante de leurs départements respectifs », est-il détaillé. L’OMS et le Centre du contrôle et de prévention des maladies des Etats Unis (CDC Atlanta) ont élaboré des guides pour mettre en place ce type d’organisation.

Maintenir « une communication transparente »

Les experts préconisent aussi de prendre des mesures sévères de protection des structures et des personnels de santé et une communication efficace avec les médias qui est un élément crucial de la gestion des urgences sanitaires. « La communication établit la confiance du public dans la capacité des institutions à faire face à la situation d’urgence et à parvenir à une conclusion satisfaisante. Une communication efficace permet d’établir, maintenir ou rétablir la confianced’améliorer les connaissances et la compréhension; de guider et encourager les attitudes, les décisions, les actions et les comportements appropriés; d’encourager la collaboration et la coopération de toutes les parties prenantes », est-il proposé. Les experts rappellent que l’OMS recommande une communication transparente au public sur ce que l’on sait de Covid-19, ce qui est inconnu et ce qui est fait. « Elle préconise l’annonce de tout changement dans la stratégie de réponse et de la nature de toute intervention de préparation et de réponse. Le message doit être réactif, empathique, transparent, culturellement approprié et cohérent, dans les langues locales. Enfin, la mise en place de systèmes pour détecter et répondre aux préoccupations, rumeurs et informations erronées est recommandée. Notre groupe voudrait insister sur le fait que la transparence et la non rétention de l’information sont le meilleur moyen d’obtenir une adhésion large du public aux actions menées ou proposées, en plus du fait que cela ne laisse plus que peu de place aux rumeurs ou fausses nouvelles, auxquelles des réponses doivent être apportées », ajoutent-ils.