L’Union européenne ne veut pas «faire la belle-mère » avec l’Algérie
twitter/ John O’Rourke

L’Algérie et l’Union européenne(UE), qui ont fêté les quarante ans de coopération en 2019, entretiennent d’excellentes relations. C’est l’avis de John O’Rourke, chef de la Délégation européenne à Alger. « Avec les bouleversements qu’a connus l’Algérie, l’année dernière, nous avons bien senti une sensibilité de tous les acteurs algériens que cette dynamique doit être laissée aux algériens pour qu’ils trouvent les solutions qui leur conviennent. L’ingérence, les bons conseils et faire la belle-mère ne sont pas nécessairement appréciés, voire pas du tout appréciés. Malgré l’excellence des relations que nous entretenons avec l’Algérie, il y a des différences de points de vue. Nous pensons qu’il n’est pas toujours très utile d’étaler ce débat sur la place publique», a-t-il dit, ce mercredi 12 février, lors d’une rencontre avec les médias à l’Hôtel Ferdi Lilly, à Alger. Les différends se règlent, selon lui, loin des projecteurs. Il a évoqué les contentieux commerciaux. « Il n’est pas toujours nécessaire de polémiquer publiquement sur ces questions. Il n’y a pas de réticences de notre part. Nous voudrions être transparents avec la réserve qui nous incombe pour les raisons que je viens d’évoquer.
J’ai l’impression que la question de nos relations
 commerciales phagocyte une coopération plus large et plus profonde », a-t-il regretté.

« Les investissements n’ont pas été au rendez-vous »

Interrogé sur une éventuelle révision de l’Accord d’Association, entré en vigueur en 2005, et critiqué ces derniers temps à Alger, John O’Rourke a reconnu que les échanges commerciaux doivent être accompagnés d’investissements européens en Algérie. « Les investissements n’ont pas été au rendez-vous, pas été à la hauteur des attentes de la partie algérienne », a-t-il souligné. Il a rappelé que souvent la presse algérienne aborde la question du climat des affaires en Algérie (défavorable aux IDE). « Que peut-on faire pour que les investissements décollent en Algérie ? Concernant les pertes, dans une zone de libre-échange, les douanes ne perçoivent pas de droits ou de taxes. En principe, c’est le consommateur qui devrait en bénéficier avec des prix plus bas. La question de fond est que la diversification de l’économie algérienne n’a pas suivi comme cela était voulu. Nous sommes toujours prêts à discuter et voir comment nous pouvons accompagner les efforts qui seraient faits dans ce sens. Cela relève de la législation algérienne en matière d’affaires et d’investissements », a-t-il répondu. Les deux parties peuvent, selon lui, revoir l’Accord d’Association, qui est un traité international contraignant. « Aux dernières nouvelles, ni l’Algérie ni l’UE n’ont souhaité de modifier l’Accord d’Association. Un Accord qui offre déjà beaucoup de possibilités. Il s’agit d’en tirer profit », a déclaré le diplomate européen. Côté algérien, les experts ont soutenu que l’Accord d’Association a été signé sans préparation. Et, les autorités ont estimé ces derniers mois que l’Accord a plus profité à la partie européenne qu’à l’Algérie avec un montant de pertes fiscales estimées à 2 milliards de dollars.

« Nous avons besoin d’un vrai partenaire économique »

 « L’UE est favorable aux échanges commerciaux. La puissance économique de l’UE est fondée sur ses exportations. L’ouverture des échanges, c’est important. Nous sommes le premier partenaire commercial de l’Algérie avec une valeur de 40 milliards de dollars par an», a noté, de son côté, Stépane Mechati, chef de la section politique et presse de la Délégation de l’UE à Alger. Il a précisé que les programmes européens d’assistance technique aident l’économie algérienne à ses diversifier et à se moderniser. « Nous avons besoin d’un vrai partenaire économique », a-t-il appuyé. Il  a rappelé que les autorités algériennes ont critiqué l’Accord d’Association en 2015 le trouvant « trop déséquilibré » et constaté que les investissements européens en Algérie étaient trop faibles. Une évaluation a été faite de l’Accord en 2016 aux fins de « l’améliorer ». « Il faut que le modèle économique algérien évolue pour tirer bénéfice de l’Accord », a-t-il souligné. Stéphane Mechati a relevé que l’UE veut bâtir ses relations avec l’Algérie sur « un dialogue ouvert, sincère et franc dans la respect de la souveraineté de l’un et des compétences de l’autre ».

Partenariat stratégique sur l’énergie

 «Comme des voisins ou des amis, nous pouvons partager beaucoup de choses, mais pas être d’accord tout le temps », a-t-il nuancéAlger et Bruxelles sont liés depuis 2014 par « un partenariat stratégique » sur l’énergie. Selon Stéphane Mechati, ce partenariat ne porte pas uniquement sur les hydrocarbures mais également sur la transition énergétique et sur les énergies renouvelables. John O’Rourke a parlé des actions de formation et de financements initiées par l’UE en faveur des médias algériens dont le programme Spring. Selon lui, l’UE cherche à mieux faire connaître en Algérie ses programmes et ses activités, « parfois moins visibles » avec l’aide des médias. « Nous voulons améliorer notre image, pas nécessairement dorée, et corriger notre perception auprès de la population algérienne », a-t-il noté. Il a promis une relation régulière et pérenne avec les médias. A propos de la situation actuelle en Libye, John O’Rourke a précisé que l’UE souhaite une résolution de la crise dans ce pays voisin de l’
Algérie. « Nous voyons avec satisfaction l’habilité et détermination avec lesquelles l’Algérie agit sur le plan diplomatique pour régler le conflit. Nous sommes un acteur parmi d’autres. Nous nous rallions derrière les efforts des Nations Unies qui sont le chef de file dans la recherche d’une solution à la crise en Libye », a-t-il déclaré.