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1. La situation en Libye est lourde d’enseignements pour les Algériens.

2. D’abord, que la politique étrangère d’un pays est le reflet de sa politique intérieure. C’est là un vieux principe doctrinal algérien, mais c’est aussi et surtout une évidence.

3. Aujourd’hui, notre incapacité à intervenir utilement pour résoudre la gravissime crise libyenne, malgré la puissance de notre armée et le professionnalisme de nos diplomates, est due à l’affaiblissement général du pays causé par des décennies de politiques erratiques d’un régime en proie à l’incompétence et à la corruption, et, en conséquence, par un retrait irresponsable de l’Algérie des affaires internationales et régionales qui la concernent directement pourtant.

4. Cet effacement de l’Algérie s’est incarné de façon pathétique dans le personnage de Bouteflika et de sa politique étrangère, d’abord superficielle, irréaliste, incohérente et agitée, et puis anesthésiée et impotente, qui a fait perdre ses moyens à un pays qui imposait le respect et qui, au-delà de ce que pouvait induire son «poids spécifique» sur la scène mondiale, était non seulement écouté mais également sollicité dans les années 60 et 70, et jusqu’au début des années 80.

5. Le naufrage de la politique étrangère algérienne sous Bouteflika a été la conséquence logique du naufrage intérieur causé par les choix d’un régime accro à la rente et à la corruption et ayant renoncé à toute ambition de développement qui, seul, peut permettre la préservation de la souveraineté nationale.

6. Concernant le sujet de la Libye, il faut bien se rendre compte que si, au préalable, l’Algérie n’avait pas été plongée dans la spirale de l’impuissance, en 2011, les avions de l’OTAN ne se seraient pas permis de déverser leurs bombes à nos frontières. Les puissances occidentales auraient été conduites à prendre en compte la position algérienne quant à leur intervention et ses conséquences géopolitiques, à l’époque déjà, largement prévisibles. L’Algérie aurait dû, et peut-être pu empêcher l’option funeste qui a déstabilisé la Libye et toute la région pour de longues années.

7. Une autre leçon à tirer par les Algériens. Elle concerne l’avenir immédiat. Le pays doit impérativement, et le plus rapidement possible, s’engager dans la voie de la construction de l’Etat de droit, afin de permettre la prise en charge des stratégies de développement politique, économique, social et culturel par des institutions démocratiques solides et pérennes, seules garantes de la sécurité et de la puissance du pays.