Vendredi 53, An II, les Algériens toujours en Hirak – Ph @Khaled Drareni

Donner un contenu consensuel à un Hirak où des Algériennes et des Algériens de courants politiques et idéologiques divers et de catégories sociales différentes et où plusieurs générations se côtoient n’est pas une sinécure. Le poids de la suspicion généralisée entretenue pendant des décennies par le régime explique pour une large partie la répugnance à enfermer le mouvement dans une structure.

Mais le Hirak n’est pas muet, il parle, revendique, propose, discute et entretient cette unité – qui n’a rien d’un unanimisme – des Algériens pour changer l’ordre des choses et rétablir une citoyenneté pleine et entière. L’interdiction par les autorités de la conférence prévue à la salle Harcha confirme bien que le pouvoir dénie aux citoyens de parler par eux-mêmes et ses actions montrent une volonté de s’approprier le Hirak officiellement « béni » pour le vider de tout contenu.

Mais les activistes réunis dans des collectifs présents dans le pays et à l’étranger ont rendu public un « manifeste du 22 février » qui formalise les revendications du Hirak et leur donne un contenu sans chercher à créer une structure ou une organisation. Le titre du texte, fortement marqué par les références à l’histoire semble évoquer le « Manifeste du peuple Algérien » et les « Amis du manifeste et des libertés (AML) » qui a rassemblé tous les courants du mouvements national.

Le texte reprend les slogans majeurs du Hirak (Silmya, Khawa, Khawa, “Echaab t’harar houwa li iqarar”, Yetnahaw Gaâ, “Dawla madaniya machi askariya”, Matalibouna char3iya ) et leur donne une formulation politique. La « silmiya » est qualifiée de « valeur inestimable » qui est le produit d’une « accumulation historique ».

« Les Algériens ont appris de leurs expériences passées, souvent dures et traumatisantes, qu’ils doivent agir de manière pacifique, avec une grande patience et une détermination plus grande, pour réaliser l’État de la liberté et de la démocratie; un Etat qui assure les conditions et les mécanismes d’une compétition pacifique entre les différents courants politiques et idéologiques sous l’arbitrage des électeurs-citoyens » lit-on dans le manifeste.

Le mot d’ordre « Khawa-Khawa » renferme la notion d’une fraternité active qui libère les énergies.  » … les Algériens ont démontré, malgré toutes les manipulations et toutes les manœuvres, que la diversité est richesse et construction et  non exclusion et menace. Ils ont montré avec éclat, malgré la répression et le black-out médiatique, qu’ils forment une nation unie et qu’ils sont fiers de leur diversité, leur richesse. La diversité active au sein du Hirak confirme, sans l’ombre d’un doute, que la société est en avance sur le pouvoir en place et sur les élites qui le soutiennent.  En une année, l’élan populaire pacifique a balayé des décennies de propagande vicieuse, de fabrication de fausses menaces à l’unité nationale et de visions partiales et tronquées de l’histoire du pays »

Le manifeste appelle les Algériens, dans leur diversité, à poursuivre un Hirak dont l’ambition est de sauver un Etat national menacé par les pratiques du régime et à poursuivre un combat qui s’inscrit dans la continuité du combat national multiforme, « pour consacrer la liberté, la démocratie et pour prémunir définitivement l’Etat national de toute forme de privatisation et de détournement clanique. » .