La cinéaste, scénariste et comédienne libanaise Nadine Labaki a été honorée lors de la cérémonie de clôture du 41 ème Festival international du cinéma du Caire. « Une grande salutation de Beyrouth, sit eddounia, qui est aujourd’hui en révolte, réecrit son Histoire de nouveau, à l’Egypte, oum eddounia. Malgré les moments difficiles que connait le Liban actuellement, j’ai insisté à être présente ici au Caire, car cet honneur m’est très cher. Nous avons grandi au Liban avec les films de Faten Hamama. Tous les films que j’ai écrit, les personnages féminins que j’ai crée m’étaient inspirés par Faten Hamama, son image et sa voix douce et forte à la fois. Cette actrice a représenté toutes les femmes. La femme belle, intelligente, libre et révoltée. La femme qui s’est rebellée contre la société et contre l’arbitraire. Je salue toutes les femmes qui sont dans les premiers rangs de la Révolution au Liban et dont la seule arme qu’elles possèdent sont leurs coeurs et leurs tendresses », a-t-elle déclaré fortement applaudie. En mai 2018, Nadine Labaki a obtenu le prix du jury du Festival de Cannes pour son film « Capharnaüm ». La scène la plus célèbre de ce drame social est lorsqu’un Zain, un enfant sans papiers vivant à Beyrouth, dit au juge qu’il a décidé de porter plainte contre ses parents pour l’avoir mis au monde. Une colère d’enfant rarement vue dans le cinéma avec autant de férocité. Zain Al Rafeea, qui a joué le rôle de l’enfant de douze ans, est un refugié syrien de Deraa qui a fui la guerre avec ses parents. Il n’a jamais été à l’école. “Son école était la rue. Il a grandi dans la violence de la rue”, a expliqué la cinéaste après la sortie du long métrage. “Capharnaüm” a représenté le Liban aux Oscars du meilleur film étranger.

“Je n’aime pas la froideur, je suis tout sauf cela” 

En mai 2019, Nadine Labaki a présidé le jury de la section « Un certain regard » au Festival de Cannes, après avoir été membre sept ans auparavant. « Au cinéma, je n’aime pas être clôitrée dans une seule manière de faire les choses. Il y a plein de vocabulaires, formats et manières à explorer dans le cinéma. Aussi, n’aime je pas être jugée. La retenue me dégoûte. Je suis méditerranéenne, viens d’une culture où l’on s’exprime haut et fort, où on est dans l’expression des émotions. Je n’aime pas la froideur, je suis tout sauf cela », a-t-elle expliqué dans une interview. Nadine Labaki a tenté de faire de la politique au Liban en 2016 lors des élections municipales dans la liste « Beyrouth madinati » mais a découvert que dans son pays il faut appartenir à un groupe, à une communauté, à une confession pour réaussir ou se placer sur l’échiquier politique. Elle partage le même point de vue que la romancière et journaliste libanaise Houda Barakat. Les récentes manifestations à Beyrouth ont appelé à rompre avec cet héritage et à dépasser les clivages communautaires. Nadine Labaki, 45 ans, a refusé de quitter le Liban convaincue qu’elle peut changer des choses dans un pays englouti dans les contradictions et les problèmes mais où les jeunes oeuvrent pour le libérer des lourdeurs du passé. Nadine Labaki, qui aime le cinéma de l’iranien Bahman Ghobadi et de l’américain Quentin Tarantino, Nadine Labaki, est la reine du septième art libanais actuel. Son long métrage « Wa Hala la wine » (Et maintenant on va où ? », qui dénonce les haines confessionnelles et qui met en avant l’engagement des femmes pour la paix dans un village isolé ou vivent chrétiens et musulmans, a eu un succès retentissant dans le monde en 2011. Son premier long métrage « Sukar Banat » (Caramel) a fait sensation auprès du public et des critiques en 2007. Cette comédie évoque le quotidien de cinq femmes travaillant dans un salon de coiffure à Beyrouth. Jusqu’à 2010 et pendant dix ans, Nadine Labaki a réalisé des clips musicaux pour Pascale Machaâlani, Nancy Ajram, Majda Roumi, Carole Samaha et Nawal Zoghby. Les clips de Nadine Labaki, frais, colorés et réalisés comme de vrais courts métrages de cinéma, ont lancé la carrière de Nancy Ajram dans la région arabe avec des tubes comme « Akhasmak ah » ou « Ya salam ». Ils ont relancé également la présence artistique de Majda Roumi vue comme une chanteuse austère. Nadine Labaki est également comédienne. Elle a notamment été distribuée dans « Bosta l’autobus » du franco-libanais Phillipe Aractingi, « Balle perdue» du libanais George El Hashem, « Le père et l’étranger » de l’italien Ricky Tognazzi, « Rock the Casbah » de la marocaine Laila Marrakchi et « Mea culpa » du français Fred Cavayé. Elle a aussi joué dans ses propres films « Et maintenant on va où? » et « Caramel ». « Caramel » est considéré, à ce jour, comme le film libanais le plus distribué et le plus vu au monde, un record jamais égalé par les autres longs métrages du Pays du Cèdre.E