Le cinéma mexicain a, encore une fois, confirmé sa bonne santé. La Pyramide d’or est revenue, lors de la clôture du 41 ème Festival international du cinéma du Caire, au film de Fernando Frias, “Ya no estoy aqui” (je ne suis plus là). Une émouvante histoire d’un jeune mexicain qui voulait réaliser son rêve en migrant vers New York pour vivre de ce qu’il aime le plus, la danse. C’est également une plongée réaliste dans la galaxie troublée des trafiquants de drogue. Un trafic qui alimente les violences et qui dessine des territoires en Amérique du Sud avec la complicité de tous. Le jury de l’américain Stephen Gaghan a salué l’effort d’un réalisateur qui a passé sept ans à préparer son film. « Il a été obligé de devenir ami de certains narcotrafiquants pour construire son histoire. Il a réalisé une oeuvre artistique qui doit être saluée », a soutenu Stephen Gaghan. Juan Daniel Garcia Trevino, rôle principal dans  « Ya no estoy aqui », a obtenu le prix de la meilleure interprétation masculine. La Pyramide d’argent a été attribuée au film belge « Ghost Tropic » (le fantôme des tropiques) de Bas Devos. La pyramide de bronze a été partagée par le drame tchèque « A certain kind of silence » (un certain genre de silence) de Michal Hogenauer et le film chinois « The fourth wall » (Le quatrième mur) de Zhang Chong et Zhang Bo. « Mindanao » du philippin Brillante Mendoza a décroché le prix Henry Barakat de la meilleure contribution artistique. Pour son rôle de mère dans ce même film, Judy Ann Santos a obtenu le prix de la meilleure interprétation féminine. Najwa Najjar a décroché le prix Naguib Mahfouz du meilleur scénario pour son long métrage « Entre Paradis et Terre ». « J’ai eu peur de réaliser un film qui serait en deçà de tous les drames que nous vivons en Palestine et dans toute la région arabe. Aujourd’hui, les palestiniens de la Palestine historique (d’avant 1948) sont oubliés. Idem pour les syriens du Golan. J’ai fait un voyage pour essayer de comprendre avant de faire le film », a confié la cinéaste et scénariste palestinienne.

 Des messages pour les révoltés du Liban et d’Irak

Le jeune cinéaste libanais Samir Syriani qui eu une mention spéciale du jury pour son court métrage « Contact » a souhaité que le monde arabe sort des guerres et des conflits. « D’ici, je salue le peuple libanais qui se révolte contre l’arbitraire. Tahya thawra ! (vivre la Révolution » », a-t-il lancé sur scène. Le prix Youssef Chahine du meilleur court métrage est revenu au palestinien Wissam Al Jafari pour « Ambience ». « Wissam, absent, m’a demandé de dédier ce prix à tous les détenus palestiniens des prisons israéliennes », a déclaré Najwa Najjar sur scène. Dans la section Semaines des critiques, le jury a accordé le prix Shadi Abdessalam, du meilleur film, à « Land of ashes » (Terre de cendres) de l’argentine Sofia Quiros Ubeda. Le prix spécial du jury est revenu au long métrage roumain « Arrestation » de Andrei Cohn. En compétition dans cette même section, « Abou Leila » de l’algérien Amine Sidi Boumediène n’a rien obtenu. Dans une autre section, Horizons cinéma arabe, une compétition consacrée aux cinémas de Moyen Orient et Afrique du nord, le prix du meilleur documentaire a été attribué à « Beirut Terminus » de Elie Kamal. « Dans ce film, la station d’un train apparaît comme un témoin de toutes les guerres qu’a connu le Liban. Le réalisateur entend redécouvrir son pays après la fin de la guerre civile », a expliqué la comédienen libanaise Betty Taoutel, membre du jury présidé par le canadien Piers Handling. Le prix de la meilleure interprétation est revenu à l’irakien Ali Thamer pour son rôle dans le film « Haifa Street » de Mohanad Hayal. « Ali Thamer, jeune irakien, appartient à la même génération qui lutte actuellement dans les rues de Baghdad, debout comme les palmiers face aux balles des milices. Ces jeunes sont des amis que je salue. Ce prix est dédié aux martyrs de Nassriyah, de Najaf, de Karbala et de Baghdad (manifestants tués par les forces de l’ordre). Je suis fiers de vous. Nous continuons à chercher notre identité irakienne », a plaidé Mohanad Hayal en reçevant le prix à la place de l’acteur. Mohanad Hayal a été consacré meilleur réalisateur en décrochant le prix Saadine Wahbah.

 Le publie salue le travail de la nièce de Youssef Chahine

 Le film tunisien « Un fils » (Bik N’iich) de Mehdi Bersaoui a décroché le prix du meilleur film arabe, le prix spécial du jury Salah Abou Seif et le prix des Nations Unies. Une véritable consécration pour le cinéma tunisien. « Sons of Denmark » de l’irako-danois Ulaa Salim a obtenu le prix de la Fédération internationale de la presse cinématographique (FIPRESCI). Le prix du public Youssef Sherif Razkalla a été attribué au documentaire égyptien « Ihkili » (Raconte moi) de Marianne Khour, présenté par l’actrice Nathalie Emmanuel de la célèbre série « Games of thrones ». « Je dédie ce prix à tous ceux qui veulent parler, ont plusieurs histoires à raconter. Ayez du courage, rebellez vous, racontez ! », a soutenu Marianne Khoury, nièce de Youssef Chahine. Mohamed Hefzy, président du festival du Caire, a parlé du succès de l’édition de cette année avec plus de 40.000 tickets vendus (au prix de 35 livres presque 1,9 euros). « Le  cinéma aide à combattre l’extrémisme et les esprits réactionnaires. Le cinéma porte notre voix dans le monde et permet de faire mieux connaître notre patrimoine et notre héritage », a-t-il déclaré. La cérémonie a été ouverte par la comédienne Leila Alwi qui s’est détachée des autres artistes par une présence régulière aux projections des films. Elle se considère comme une fille du festival ayant participé à plus de vingt éditions. Le Festival du Caire est, pour rappel, le seul de catégorie A de la région arabe. Les festivals de Venise, Berlin et Toronto dans cette même catégorie.