A travers l’initiative de la « Route de la soie » à laquelle 17 pays de la région MENA se sont joints, la Chine a sensiblement augmenté son influence politique et économique dans cette région du monde. Cet état de fait s’est amplifié depuis l’apparition de la pandémie Covid-19, qui a permis au « dragon » d’accroître le niveau des aides accordées à certains pays dont l’Algérie.

Cette « ouverture » est synthétisée par une étude que présente la plateforme « Arab Barometer » sur le niveau d’influence du soft power chinois sur douze pays faisant partie de la région de référence. Vis-à-vis de ce panel, l’analyse indique que la moitié de la population de neufs pays est en faveur d’une « de relations économiques plus solides avec la Chine ».

Cette ferveur se manifeste essentiellement en Jordanie (70%), pays qui n’a pas encore rejoint l’initiative chinoise. Plus de six pays sur dix sont également favorables à des liens économiques plus solides, notamment en Libye (63%)et au Soudan (62%), qui, comme la Jordanie, ont connu des défis économiques importants ces dernières années.

En revanche, le soutien à des relations économiques plus étroites avec la Chine est plus faible au Liban (42%) où il existe de fortes divisions sectaires.

Avec un score de 36 % et malgré la « lune de miel » que vivent actuellement Pékin et Alger, l’Algérie ne figure pas parmi les pays les plus enclins à un renforcement des liens avec la Chine. Arab Barometer explique ce faible score par « des soupçons importants concernant tout investissement étranger ».

Les investissements chinois sont bien perçus chez les élites de la région MENA

S’agissant des investissements chinois, l’enquête a montré que ce sont les élites de la région qui s’en félicitent le plus. Les titulaires d’un diplôme universitaire sont, en moyenne, nettement plus favorables à des relations économiques plus étroites avec la Chine que les titulaires d’un diplôme secondaire ou moins. Cette différence est plus palpable au Maroc (+18 points), en Tunisie (+16), en Algérie (+15), en Irak (+14) et en Égypte (+12).

D’un point de vue « générationnel », les opinions à l’égard de la Chine ne diffèrent pas beaucoup d’une génération à l’autre en région MENA. Les personnes de moins de 35 ans et celles de 35 ans ou plus n’affichent pas de différences constantes quant aux opinions sur la Chine, indique le sondage.

Par ailleurs, les citoyens de la région MENA sont également favorables à une assistance étrangère accrue. Dans neuf parmi les onze où la question a été posée, la moitié des personnes sondées ou plus disent que l’aide étrangère de la Chine devrait augmenter, y compris 73% des Jordaniens, 68% des Soudanais, 65% des Yéménites et 60% des Palestiniens. Sauf que ce constat s’applique nettement moins à Algérie où une certaine réticence vis-à-vis de la coopération avec la chine est exprimée à travers cette enquête, car (62%) des personnes interrogées ne veulent plus d’aide de la Chine.

Encore une fois, la notion du soutien a tendance à être plus appréciée en milieu universitaire.

La Chine, puissance mondiale la plus appréciée en région MENA

Globalement, les résultats de l’enquête montrent que Chine demeure une puissance respectée et admirée par les populations de la région de référence. les citoyens étant plus ouverts à des liens plus solides avec Pékin qu’avec Washington ou Moscou. En moyenne, les habitants de la région MENA sont plus susceptibles (+13 points) de favoriser des relations économiques plus étroites avec la Chine que les États-Unis.

La popularité de la Chine s’étend pratiquement à tous les pays étudiés, avec des préférences nettement plus élevées au Yémen (+30 points), en Libye (+26) , Koweït (+19), Tunisie (+17), Palestine (+18), Iraq (+16), Jordanie (+13) et Algérie (+12). Ce n’est qu’en Égypte que ce ton est moins exacerbé (-8 points), en raison d’une « américanisation » de la notion de la coopération avec les pays étrangers, chez les personnes sondées.

En conclusion, Arab Barometer considère qu’ « il est clair que la Chine a une opportunité importante à saisir dans la région, en partie à cause de son rôle de puissance historique non coloniale et de son émergence relativement récente.

Kheireddine Batache