La récente réunion des partis de « l’alternative démocratique » (PAD) a remis à l’ordre du jour la question du rôle des partis dans le Mouvement populaire. Les PAD ont adopté une plateforme pour conduire à « l’aboutissement démocratique de la révolution ». Cette prétention à se constituer en état-major du Mouvement populaire dépasse non seulement leurs capacités mais comporte un risque sérieux de perturbation.

Le risque de partition du Hirak

Par définition, les partis politiques représentent des courants d’opinion présents dans la société. Ces courants d’opinion sont convergents, divergents ou contradictoires. Ils peuvent donc provoquer des clivages idéologiques au sein du Hirak s’ils tentent de tirer profit de la présence de leurs militants dans le mouvement.

La rivalité entre les partis politiques et certaines graves divergences passées entretiennent des relations empoisonnées qui ne manqueront pas de porter atteinte à l’unité du Hirak. D’autre part, si ces partis soucieux d’exercer sur leurs militants le pouvoir hiérarchique et la discipline partisane introduisent l’adhésion collective de leurs militants au Hirak, ils peuvent vouloir imposer des opinions particulières non partagées par la société civile. D’où le risque sérieux de division.

Le Hirak est le résultat d’adhésions individuelles de citoyens sur la base de ce qui doit être le dénominateur commun de la société civile, les libertés. Les PAD introduisent l’économie étatiste centralisée. Les partis islamistes préconisent une place hégémonique pour la religion. Ces deux orientations par exemple sont limitatives ou négatrices des libertés. Elles sont donc en contradiction avec le mouvement populaire unitaire qui est la forme la plus élevée de lutte pour la satisfaction des revendications de liberté.

La prétention à prendre la direction du Hirak de la part d’un parti ou d’un groupe de partis contrevient à la nature même du Hirak, mouvement populaire représentatif de la Société civile.

L’esprit du Hirak

Le Hirak s’est imposé dès son émergence comme un mouvement populaire unitaire transcendant les anciens clivages qui paralysaient l’action de la Société civile.

Il s’est présenté comme un dépassement des expériences de lutte passées qui malgré leur apport respectif contenaient des limitations idéologiques, régionales ou religieuses.

La composition aujourd’hui consolidée du Hirak atteste de cette nouvelle configuration de la Société civile. Des Algériennes et des Algériens se côtoient, fraternisent et aboutissent à des mots d’ordres communs qui convergent vers les revendications de fin de l’Etat autoritaire et de promotion des libertés. Ces Algériennes et ces Algériens adhérant individuellement au mouvement populaire font preuve de considération et de soutien à la revendication de

la culture et de l’identité amazigh parce que compatible avec les idéaux de liberté et de démocratie. Malgré des tentatives au début du mouvement de les faire taire, les femmes marquent leur présence et leur contribution n’est discutée par personne.

Des progrès considérables en aussi peu de temps. Le Hirak se présente donc comme un profond mouvement de la société algérienne dont les effets continueront encore à se manifester au profit d’une évolution humaniste, solidaire et moderne.

Le Hirak s’est établi également comme le contre-pouvoir essentiel depuis son avènement. Le discours officiel qui loue le Hirak est malheureusement contredit par toutes les actions répressives dont certaines dépassent le cadre légal déjà lui même contestable.

Le pouvoir confirme ainsi sa volonté hégémonique et son refus de reconnaitre la volonté populaire que domestiquée et maitrisée. Ce qui est la caractéristique de l’Etat autoritaire. La lutte pour l’avènement de l’Etat de droit ne peut exclure aucune force nationale soucieuse du renouveau de l’Algérie. Les partis politiques algériens ne peuvent faire exception.

Les partis politiques doivent sortir du cadre classique

Quelques soient les rassemblements et les alliances anciennes ou nouvelles qui continuent de s’établir, l’évolution de la Société civile illustrée par le formidable mouvement populaire du Hirak commande aux partis politiques de s’adapter au besoin nouveau de revendication d’un Etat de droit. C’est une revendication capitale. Elle ne peut surgir miraculeusement d’une modification constitutionnelle contrôlée par l’Etat autoritaire.

Elle sera le résultat du mouvement ascendant de la Société algérienne dont la culture politique évolue à pas de géant depuis maintenant bientôt une année. Les partis politiques doivent sortir du cadre classique qui les amène à se regrouper par affinités idéologiques et à présenter plus les diversités et les divisions que l’appartenance à une Nation arrivée à maturité pour se doter de l’Etat de droit.

Sortir du cadre classique, c’est à l’exemple du Hirak, surmonter les clivages anciens et œuvrer à rassembler tous les partis autour d’un pacte les engageant à faire des libertés individuelles le socle de leur programme respectif et à s’engager à s’interdire dans leurs activités, dans leurs manifestations, dans leurs futurs mandats législatifs et dans leurs responsabilités exécutives à venir, à s’interdire donc toute remise en cause de ce socle des libertés devenu patrimoine de la Nation.

C’est à ce rassemblement pour l’accord de tous les partis que doivent s’atteler les partis politiques avec l’aide des personnalités consensuelles susceptibles de concilier les points de vue et de faciliter les rapprochements entre organisation plus habituées à se combattre qu’à se comprendre.

L’aboutissement de cet œuvre consensuelle pourrait être un pacte politique rendu publique et célébré solennellement en communion avec le Hirak. C’est une œuvre de grande envergure qui préfigure le contenu de la Constitution et qui en garantit son respect. Elle constituera un tournant décisif dans les mœurs politiques du pays. Elle sera la base des solutions à toutes les questions arrivées à maturité dans notre société. Elle témoignera de l’esprit d’indépendance vis à vis de l’Etat autoritaire.

Elle ouvrira la voie aux solutions novatrices dans le respect des opinions, des croyances et des choix individuels libres des Algériennes et des Algériens. C’est une œuvre suffisamment noble et digne du combat libérateur de notre peuple. Voilà donc ce que les partis politiques agréés ou non peuvent apporter comme contribution à la marche de notre peuple vers la liberté et la démocratie.

S’insérer dans les luttes immédiates pour les libertés.

Aujourd’hui, les autorités ne semblent pas abandonner le recours à la répression. Elles ne supportent pas l’existence d’un mouvement populaire autonome. Elles laissent les forces de sécurité se livrer à des actes illégaux comme vient de le montrer le traitement inhumain infligé à la citoyenne Baya Dahmani, régulièrement présente au Hirak et qui lutte contre la maladie.

Les partis politiques peuvent aider à faire se rétrécir la politique répressive. Ils ont la possibilité d’intervenir en délégations auprès des différentes structures de l’Etat et des services de sécurité pour dénoncer les violations de la loi et des libertés. Ils peuvent interpeler régulièrement les ministres et responsables de l’Etat sur cet insupportable comportement de déni de justice.

Ils peuvent informer régulièrement et alerter l’opinion publique. Il y a de la place pour les partis politiques en complément de l’action du Hirak. Une telle place prise par les partis politiques fera reculer sensiblement les préjugés et les reproches passés. Les partis politiques peuvent ainsi « accompagner » le mouvement populaire au lieu de rechercher en vain un leadership diviseur. Pour le plus grand bien des libertés, de la démocratie et de l’avenir de notre peuple.