L’information n’a pas fait la Une mais elle mérite notre attention. Mercredi dernier, la Banque mondiale a déclassé l’Algérie de pays à revenu « intermédiaire-supérieur » à pays à revenu « intermédiaire-inférieur ». Qu’est-ce que ce classement? Pourquoi un tel statut pour l’Algérie? Quelles pourraient être les conséquences d’une telle décision?

Au premier juillet de chaque année, l’institution de Bretton Woods répartit les économies de tous les pays du monde en quatre groupes : 1) pays à faible revenu dont me revenu national brut (RNB) par habitant inférieur à moins de 1036$; 2) pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (RNB par habitant entre 1 036 $ et 4 045 $); 3) pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (RNB par habitant entre 4 046 – 12 535) et pays à revenu élevé (supérieur à 12 535 $).

La méthodologie de ce classement repose sur le calcul Revenu national brut (RNB) par habitant – soit le RNB total pour un pays durant une année divisé par le nombre total d’habitants- en dollars courants. Le calcul se fait selon l’approche connue sous le nom de « Méthode de l’Atlas ».

Entre 2019 et 2020, RNB par habitant de l’Algérie est passé 4 060 à de 3 970 dollars courants, ce qui justifie le passage de l’économie algérienne à classe inférieure. Pour la Banque mondiale, ce système de catégorisation sert à la fois de repère pour les rapports d’évaluation périodiques mais aussi au conditionnement de l’éligibilité à certains programmes ou services de l’institution. Aussi, plusieurs organisations internationales telles que le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) utilise ces quatre catégories pour déterminer l’admissibilité à des programmes de développement variés – notamment dans l’économie sociale, la promotion de l’emploi…etc. – et d’indicateurs dans le Rapport sur le développement humain du PNUD qui examine les grandes problématiques et les tendances en matière de développement.

Bien que ce classement soit basé sur des données, certes officielles (chiffres envoyés par l’État algérien) mais, très souvent, partielles, tronquées ou manipulées à des fins politiques; et bien que la banque mondiale ne soit pas un modèle d’impartialité tant elle défend une vision néolibérale néfaste, il n’en demeure pas moins que ce déclassement de l’Algérie est symptomatique de la dégradation continue et durable de la situation socioéconomique et un énième indicateur de la crise économique majeure en cours.

À l’horizon 2022, le pays va faire face à une crise financière aiguë. Celle-ci est la double conséquence d’un déficit budgétaire colossal (estimé à 13,6 milliards d’euros en 2020, soit 10,4% du PIB), dû à la contraction drastique des revenus pétroliers, et à l’assèchement vertigineux des réserves de change, estimées aux alentours de 50 milliards de dollars selon la banque d’Algérie, soient moins de deux ans d’importations.

L’Algérie avait cumulé entre 2003 et 2013, période dénommée d’embellie financière, plus de 200 milliards de dollars de réserves de change lorsque les prix du Brut étaient à des niveaux très élevés. Sept ans plus tard, les trois quarts des réserves de change du pays ainsi que l’épargne du Fonds de Régulation des Recettes (FRR) ont été épuisés. Il y a eu également un recours massif à la planche à billets (impression) par lequel le régime avait injecté, sans contrepartie productive, l’équivalent au moins de dizaines de milliards de dollars.

À cette situation financière extrêmement préoccupante s’ajoute la réduction significative et durable des prix du Brut sur les marchés internationaux, l’impact du Covid-19 sur une croissance économique proche du zéro, l’hyperdépendance à la mono-exportation de gaz, la hausse vertigineuse de la consommation interne de l’énergie – qui réduit la marge des exportations pétrolières, et l’obligation dans un avenir très proche de recourir aux emprunts extérieurs et à ses conséquences désastreuses en matière de programmes d’ajustement structurels.

Il est illusoire, comme le pensent actuellement le régime et son gouvernement, de trouver des solutions effectives à ces problèmes économiques structurels avant de résoudre l’équation politique.

En d’autres mots, sans le règlement dans les plus brefs délais des exigences politiques, point de sortie de crise économique. Sans légitimité politique, sans l’adhésion du peuple algérien, les pseudo-solutions technocratiques – et souvent néolibérales- n’auront aucun effet sur la situation du pays. L’Algérie fait face à d’immenses défis sur ce plan, et seul un nouveau régime politique, avec un gouvernement légitime et compétent, aura le courage, les moyens et la légitimité d’expliquer aux Algériens les sacrifices des années à venir. Il est urgent d’aller dans ce sens, 58 ans après l’indépendance.