Les « espressos » de retour en terrasse en Italie, la basilique Saint-Pierre et l’Acropole qui rouvrent: l’Europe a franchi lundi une nouvelle étape dans son déconfinement au moment où l’OMS doit se réunir pour débattre de la pandémie qui a fait plus de 313.000 morts à travers la planète.

Partout dans le monde, les tentatives pour relancer des économies asphyxiées se multiplient, même si le coronavirus progresse, notamment au Brésil, en Inde ou en Afrique du Sud, et que rode le spectre d’une deuxième vague.

En Italie, un des pays les plus endeuillés par la pandémie partie de Chine fin 2019, et le premier à avoir adopté un confinement total de sa population, l’heure est enfin venue de déguster un café en terrasse.

Un moment « positif », savoure Elena Quercia, une bijoutière romaine, attablée sur une placette près du Campo dei Fiori pour déguster un café et une pâtisserie avec des amis, malgré un temps maussade.

Un peu plus loin, Raimondo Ricci, le patron du San Eustachio Il Caffe, accuse pour plaisanter son serveur d’avoir perdu la main après plus de deux mois d’inactivité: « Il ne sait plus ce qu’il fait ! »

« Initiative » de Macron et Merkel

Autres symboles forts: la basilique Saint-Pierre au Vatican, fermée depuis le 10 mars, ainsi que l’Acropole d’Athènes ont également solennellement rouvert lundi.

Partout, des mesures de distanciation sociale sont en vigueur pour tenter d’éviter un rebond de la pandémie avant la découverte d’un hypothétique vaccin.

Dans ce contexte, les 194 pays de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) doivent se réunissent virtuellement à Genève à partir de 10h00 GMT afin de débattre de la réponse internationale à la pandémie.

Malgré l’escalade des tensions entre Washington et Pékin, les pays espèrent adopter par consensus une résolution portée par l’UE et demandant un « processus d’évaluation » des mesures prises par l’organisation face à la pandémie.

De nombreux chefs d’Etat et de gouvernements et de ministres doivent prendre la parole à l’occasion de cette réunion, qui doit s’achever mardi.

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel doivent pour leur part donner une conférence de presse à 15H00 GMT pour présenter une « initiative franco-allemande », alors que les 27 peinent à s’entendre sur une réponse commune face à la crise économique.

Celle-ci fait rage à travers la planète, menaçant les moyens de subsistance de centaines de millions de travailleurs, selon l’Organisation internationale du travail (OIT).

« Retour à la normale »

Troisième économie mondiale, le Japon a confirmé lundi être entrée en récession, comme plusieurs pays avant lui. Il a également annoncé fermer l’emblématique Mont Fuji aux randonneurs en raison du coronavirus.

Aux Etats-Unis, le patron de la banque centrale, Jerome Powell, a estimé que la chute d’activité chercherait « facilement dans les 20, les 30% », et que le chômage pourrait culminer à 20 ou 25%, dans un pays où la protection sociale est limitée.

Il a toutefois pointé des « différences fondamentales » avec la Grande Dépression des années 1930, les Etats étant selon lui mieux armés pour faire face à la crise.

Dans ce pays, les trois géants de l’automobile reprennent la production lundi. Mais l’inquiétude reste grande sur les chaînes de montage où il est difficile de garder ses distances et d’éviter la propagation du coronavirus.

Le président américain Donald Trump plaide pour un rapide « retour à la normale ». Il a dit dimanche espérer revoir bientôt des matches de golf avec « des milliers de spectateurs sans masques et presque les uns sur les autres ».

Très hostile aux mesures de confinement, le président brésilien Jair Bolsonaro a salué dimanche des centaines de ses partisans au mépris des règles de distanciation sociale, et sans un mot pour les quelque 16.000 morts du Covid-19 dans le pays.

L’Inde, à l’inverse, a prolongé jusqu’à fin mai les mesures de confinement en vigueur depuis fin mars. Elle enregistre sa plus forte augmentation du nombre de cas quotidiens depuis le début de la crise.

Les autorités de ce pays de 1,3 milliard d’habitants ont cependant évoqué des assouplissements pour « faciliter les activités économiques ».

Cercles géants

Comme l’Italie et la Grèce, plusieurs autres pays ont également poursuivi leur déconfinement lundi.

Certains collégiens français ont retrouvé les bancs de l’école, mais seulement dans les régions les moins touchées par l’épidémie.

En Belgique, où c’est également la rentrée, Paul Leblanc, proviseur d’un lycée d’Ixelles, près de Bruxelles, a accueilli ses élèves avec l’air du film Star Wars. « C’est une rentrée masquée », a-t-il rappelé.

Du Portugal à l’Azerbaïdjan en passant par le Danemark, l’Irlande ou l’Allemagne, plusieurs autres pays européens ont rouvert lundi restaurants, cafés et terrasses, dont les fameux Biergarten, les brasseries en plein air de Bavière.

Les Allemands avient déjà eu le privilège ce weekend de retrouver leur « Fussball » avec la reprise du championnat national, la Bundesliga, première du genre à reprendre en temps de pandémie. Mais à huis clos.

Une reprise largement commentée dans le monde entier. « Wunderbar » (« merveilleux »), a titré en allemand le journal britannique Mirror on Sunday.

Mais en Allemagne, comme en France voisine ou aux Etats-unis précédemment, la multiplication de foyers de coronavirus dans des abattoirs pose questions.

A New York, un parc de Brooklyn s’est doté de cercles géants permettant aux gens s’allonger dans l’herbe tout en respectant la distanciation sociale.

Au Canada, une habitante pense avoir trouvé le moyen de faire un câlin à sa mère en toute sécurité, grâce à une bâche en plastique qu’elle a dotée de quatre manches. « Je me suis dit qu’elle ne recevait pas de câlins et qu’on devait vraiment faire quelque chose », explique cette inventeuse, Carolyn Ellis.