Radio M Post

1. Le néocolonialisme n’est ni plus facile ni plus difficile à combattre que le colonialisme.

2. En fait l’histoire est toujours animée de la même dialectique fondamentale : la domination et le refus de celle-ci. Les circonstances, les contextes, les références, les discours, les motivations, les objectifs diffèrent constamment, mais le principe constamment demeure.

3. La révolution de novembre contre la domination coloniale a été déclenchée dans des conditions plus que difficiles : peuple écrasé et démuni, mouvement national divisé, élites politiques peu nombreuses, rapport des forces «matérielles» dominants/dominés extrêmement défavorable aux dominés.

4. Dans le même temps, le colonialisme avait, en la réduisant à l’extrême, concentré l’identité du peuple sur les ressorts de sa survie (la différence, la foi, l’espoir/désespoir). Le mouvement national, dans sa diversité, et malgré ses divisions et ses contradictions, avait/s’était forgé une conscience politique capable de saisir «l’essence des choses» et de distinguer le principal du secondaire. Les élites, certes réduites en nombre, avaient été formées par des décennies de luttes et d’éducation politique. Et ces élites avaient notamment compris que les rapports de force ne sont pas immuables, qu’ils ne sont pas uniquement «matériels» et que la volonté politique est un facteur déterminant dans le combat.

5. Aujourd’hui, la révolution de février fait face à des conditions comparables. Le peuple a été très largement dépolitisé durant des décennies de gestion autoritariste et méprisante de la société. Le mouvement populaire est né des décombres causés par les politiques néfastes du régime dans les domaines de la gouvernance, de l’éducation et de la culture notamment. Les élites ont été empêchées ou détruites par la marginalisation, larbinisées par la corruption, éradiquées par la violence ou l’exil. Le rapport des forces «matérielles» entre le peuple et le régime est défavorable au mouvement populaire.

6. Dans le même temps, le mouvement populaire a trouvé son unité fondatrice dans l’identification, et sa mobilisation autour d’un objectif politique et moral clair et puissant : le départ du régime actuel et tout ce qu’il charrie de malheurs pour le pays, et son remplacement par un régime démocratique capable d’édifier l’Etat de droit. Cette profonde unité lui permet de résister aux tentatives de division du peuple par la contre-révolution du régime. Et dans ce contexte, la contre-révolution est contrainte de faire un usage de plus en plus évident de ce qui lui tient lieu d’élites et qui s’avèrent n’être que des «fonctionnaires politiques du régime», des adoubés porteurs d’une caution «intellectuelle» qui ne peut plus faire illusion face à un mouvement populaire doué d’une intelligence, d’une créativité, d’une sagesse et d’une lucidité extraordinaires, et qui, chaque jour, procède à la décantation du vrai et du faux, des vraies valeurs et de la fausse monnaie, de l’utile et du factice, du bon grain et de l’ivraie.

7. Comme hier, l’issue du combat actuel dépendra de la force politique, intellectuelle et morale que le peuple sera capable de générer au fur et à mesure des étapes de la révolution en cours.