Hakim Addad à sa sortie de prison avec sa fille – Ph @Bob Khaled

Le 2 janvier 2020 sera marqué d’une pierre blanche dans les annales de la justice algérienne. Ce jour-là, des Algériens placés en détention provisoire sur la base de dossiers vides aux dires de nombreux avocats ont été libérés de la même manière qu’ils ont été incarcérés. D’autres détenus d’opinion attendent toujours d’être libérés par cette justice où la détention préventive a été transformée en règle au lieu d’être une exception. Les mesures d’élargissement de ces détenus n’ont même pas tenu compte des règles du code de procédure pénale. Ce qui montre que la révolution populaire qui se poursuit en son onzième mois a réussi à dénuder ce qui reste de discours sur l’indépendance de la justice.

L’opinion publique nationale et internationale ont la confirmation que les appareils exécutifs qui ont ordonné hier l’arrestation des détenus de la révolution sont les mêmes qui ont décidé de l’élargissement d’une partie d’entre eux. Ces mesures auraient pu être prises dans le cadre d’un respect formel des procédures afin d’essayer de sauver la face de la justice, cela n’a même pas été le cas. Ces faits ont balayé les discours de l’indépendance de la justice faits par Abdelmadjid Tebboune avant sa désignation au palais d’El Mouradia. Tout comme ils ont accepté, hier, sur suggestion, de de faire la détention préventive une règle systématique, les juges acceptent aujourd’hui les suggestions pour les élargissements.

Les suggestions d’incarcération et d’élargissement de détenus du Hirak traduisent bien le fait que la nouvelle année n’apporte rien de nouveau aux pratiques de la précédente. Les discours sur la construction d’une nouvelle république ne se traduisent pas par de nouveaux instruments dans le domaine de la justice.

En attendant de nouvelles suggestions pour la libération des autres détenus de la révolution qui se comptent encore en dizaines, le système médiatique continue, lui, son entreprise de désinformation. La plupart de ces médias, liés au système, n’ont pas daigné informé leur public de l’arrestation de ces personnes. Pourtant, ils se sont mis, le 2 janvier, à diffuser en live les nouvelles des libérations. Ces médias ont également essayé d’instrumentaliser ces mesures contre le Hirak au moment où les appareils et salons du pouvoir élaborent des castings de ceux qui peuvent parler et dialoguer au nom du Hirak. D’autres salons poussent à créer de nouvelles devantures politiques pour permettre au système de se renouveler en introduisant des figures de fabrication médiatique présentées comme faisant partie du Hirak voire même comme des éléments moteurs du Hirak.

Campagnes médiatiques odieuses

Ces médias qui ont mené une campagne odieuse allant jusqu’à mettre en doute le passé révolutionnaire du moudjahid Lakhdar Bouregaa en diffusant de fausses informations imputées à des « sources informées », parlent aujourd’hui de la libération du grand moudjahid. Ces appareils de propagande ont-ils le courage d’informer l’opinion publique sur la partie qui leur a ordonné de le faire et qui leur a fourni ces prétendues informations sur le bras droit du chahid Djilali Bounaama? Auront-ils l’éthique de demander pardon pour les campagnes odieuses lancées contre de nombreux militants, dont les dirigeants et militants de RAJ qu’ils ont accusé outrageusement d’être des agents de l’étranger?

Ce qui s’est passé ce 2 janvier met en lumière la fausseté des discours et montre que l’Algérie est loin de se diriger, en ce début d’année, vers l’Etat de droit; ni vers une libération des médias afin qu’ils se mettent, enfin, à respecter le droit du public à une information fiable respectueuse des règles et de l’éthique de la profession.

Des raisons suffisantes pour que la révolution pacifique se poursuive afin d’atteindre ses objectifs. Car seule une société ouverte permettra aux Algériennes et aux Algériens de construire l’Etat de droit. Un Etat qui garantit à la nation sa sécurité et renforce sa cohésion contre un système corrompu qui a généré des hommes de pouvoir dépourvus du minimum de sens de l’Etat.

Traduit par la Rédaction – Article original