Le défi de la société algérienne est de libérer le champ politique

A l’heure où le pouvoir algérien s’efforce de donner des allures acceptables à à la présidentielle contestée du 12 décembre, de nombreux médias internationaux ont évoqué l’événement en des termes peu élogieux, à quelques jours de la tenue du scrutin.

« Boycott », « élection contestée », « pouvoir civil de façade » ou encore « colère ». Les titres de nombreuses agences de presse ou des médias internationaux ont ainsi décrit une élection que les autorités algériennes ont décidé de tenir malgré un refus massif par le mouvement populaire qui se poursuit depuis près de dix mois.

Un son de cloche très différent de l’image dans laquelle s’est muré le pouvoir à travers les médias qu’il contrôle. Le déni est illustré par Mohamed Chorfi, le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) qui a affirmé que « les manifestations pro-élection sont plus importantes que celles qui s’y opposent ».

« Algérie: Le débat présidentiel tombe à plat à l’heure où la colère monte », a ainsi titré l’Associated Press, une dépêche reprise notamment par le New York Times et le Washington Post, relevant que durant le débat diffusé vendredi, les 5 candidats « ont récité leurs programmes au lieu de s’agiter autour des idées » et qu’ils « ne se sont même pas regardés ».

« Le premier débat présidentiel en Algérie a l’air d’avoir échoué à persuader les manifestants pour la démocratie de participer à l’élection », a indiqué l’agence de presse américaine, rappelant que les contestataires veulent « un tout nouveau système politique » et qu’ils s’opposent à une élection « organisée par le pouvoir » et voient les candidats comme faisant partie « d’une élite corrompue et déconnectée ».

« Un pouvoir civile de façade »

« Un faible taux de participation pourrait invalider une élection contestée en Algérie », a titré pour sa part l’agence de presse allemande DPA. Pour le Financial Times, les « Algériens vont boycotter le premier scrutin depuis la chute de Bouteflika ».

La Tribune de Genève, le journal suisse qui a suivi l’hospitalisation de Abdelaziz Bouteflika dans un hôpital de la capitale helvétique début mars, au tout début du mouvement, a lui estimé que « l’armée veut rétablir un pouvoir civil de façade ».

« L’armée s’est retrouvée en première ligne face à une contestation qu’elle a cru, à tort, pouvoir éteindre en sommant Abdelaziz Bouteflika de démissionner », poursuit le quotidien qui relève via des experts « l’urgence pour l’armée d’aller aux élections » car « l’armée veut juste une façade civile à son pouvoir, léguer les contraintes de la crise politique, économique et sociale au futur président, le temps d’user le ‘Hirak’. »