Le jeune rappeur Bigi, de son vrai nom Abdel Hadi MOUSLI, est mort le mardi 4 août dernier à l’hôpital « Salim ZEMIRLI » à Alger, après cinq jours de coma. Il avait été arrêté dans la nuit du 29 juillet par des éléments de la Sûreté de Daïra de Hussein Dey. 

Arrêté en compagnie d’un groupe de jeunes, vers 21h30 dans la nuit du 29 juillet dernier par des éléments de la Sûreté de Daïra de Hussein Dey, lors de la célébration du titre de championnat national de football remporté par le CRB, le jeune homme s’est mortellement blessé dans les locaux du commissariat de « Jolie vue » à Kouba.

Selon le communiqué de la DGSN rendu public mercredi, la victime se serait à minuit, et “ contre toute attente, cogné volontairement la tête contre la porte de ce service dont il a détruit un isolant”. Gravement blessé et “Ayant perdu connaissance, il a été évacué par les services de la protection civile à l’hôpital « Salim Zemirli » d’El Harrach pour soins”, précise le communiqué de la DGSN.

La victime a dû “par la suite subir une intervention chirurgicale au niveau de la tête”, et après un coma de cinq jours, “les services de la police ont été informés de son décès ce mardi 04 août”, poursuit le même communiqué qui nous apprend qu’une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances de ce drame. A ce jour, et dans le cadre de cette enquête, le téléphone de la victime se trouve toujours entre les mains des enquêteurs.

De la colère et des questions 

Contacté par nos soins, Raouf, son ancien acolyte du groupe Belcourt Zoo et ami de toujours apporte des éléments omis par le rédacteur du communiqué de la DGSN.  

Raouf nous apprend que la victime et ses amis “ ont été arrêtés entre 21h et 22h dans leur quartier alors qu’ils discutaient tranquillement ”. Le motif de l’arrestation fut le non-respect du couvre-feu, “ mais comment l’expliquer alors que les rues de la ville grouillaient de monde en raison de la célébration du titre du CRB ? ”, poursuit-il. 

Selon lui, à travers son geste désespéré, la victime “ espérait au mieux, être relâchée, et au pire être évacuée pour des soins ”“ La police leur a signifié dès leur arrivée au commissariat qu’ils seraient relâchés vers minuit. Voyant le temps passer et sa libération s’éloigner, Abdel Hadi a commis ce geste désespéré vers 2h du matin à l’avant-veille de l’Aïd El Adha de peur de passer cette fête nationale loin de sa famille ”, affirme Raouf. 

« Selon l’un de ses compagnons de cellule, Abdel Hadi mal au point, a dû attendre jusqu’à 3h30 du matin pour être évacué à l’hôpital Zemirli par les pompiers ”, assure-t-il, une heure et demie durant laquelle la victime aurait été provoquée et injuriée par l’un des policiers, “ Alors qu’il appelait à l’aide et se plaignait de douleurs à la tête et au niveau de la colonne vertébrale, l’un des policiers venaient le voir pour l’insulter et lui dire qu’il finira en prison ”, assure la même source.

Abdel Hadi MOUSLI ne survivra pas à ses blessures, après 5 jours de coma, il décédera le mardi 04 août à 6h à l’hôpital Zemirli, et sera enterré le jour même au cimetière d’El Alia. 

Une étoile montante du rap algérien 

En 2013, sous le pseudonyme de Bigi, Abdel Hadi MOUSLI débute timidement sa carrière artistique qui prendra son envol un an plus tard lorsqu’il rejoint le collectif Belcourt Zoo composé de quatre artistes du quartier de Belouizdad à Alger.

Avec son groupe, il enchaîne les singles à succès et cumule des millions de vues sur la plateforme de vidéos en streaming Youtube. Il est aussi l’auteur de plusieurs apparitions remarquées en radios (notamment Chams FM et Jow Radio).

En 2017, le collectif qui ne compte plus que deux artistes (Bigi et Raouf) décide de se séparer pour entamer respectivement une carrière en solo, “ Ce choix fût purement artistique, nous sommes restés de proches amis et avons même collaboré ensemble après la séparation ”, précise Raouf.

En 2020, l’aire du numérique a mené ces deux artistes à signer un contrat avec la société de production TCE pour la distribution digitale de leurs créations. En plus du deuil de la famille et de ses proches, la disparition brutale de ce jeune rappeur laissera un vide dans le paysage musical urbain algérien. 

Une affaire passée sous silence 

Hormis les hommages unanimes des confrères de la victime et des pages spécialisées en rap, la mort de Bigi a fait l’objet de très peu de médiatisation. Les rares médias ayant relayé l’information se sont contentés de reprendre uniquement le communiqué de la DGSN qui nous apprend la mort “ d’un homme ”. Raouf, “ choqué par ce silence ”, espérait une médiatisation massive de l’affaire qui pourrait donner de l’élan à une éventuelle plainte déposée par la famille du défunt, or “ sans un soutien populaire, nous savons que l’affaire n’aboutira jamais ”, conclut-il. 

Par : Walid Boudoukha