Une année de révolution pacifique
Radio M Post

1. Pas à pas, le peuple algérien est en train de produire un événement historique inédit : une révolution démocratique populaire massive et pacifique.

2. Près d’un an après le début de cette révolution, il est déjà possible d’en tirer trois leçons fondamentales :

3. En dehors des cas de lutte de libération nationale (Algérie, Vietnam…) et d’autres cas spécifiques, dans le contexte postcolonial, dans notre cas en particulier, la lutte pacifique s’avère plus efficace que la lutte violente. Auparavant, dans le contexte des luttes de libération anticoloniale, la lutte pacifique, même si non-exempte de violences limitées, a été pratiquée ave succès dans l’Egypte et l’Inde de la première moitié du 20ème siècle.

4. La révolution de février, de façon inattendue, a tiré sa stratégie pacifiste de la double expérience d’un peuple qui a conquis son indépendance nationale par la lutte armée mais qui, à peine une génération plus tard, a été déchiré par la terrible violence d’une guerre intérieure qui a manqué détruire l’Etat et la société. De cette double expérience le peuple algérien a compris que, dans le contexte actuel, la violence, incapable de vaincre le régime, ne ferait qu’aggraver la situation de faiblesse, d’impuissance et de désespoir dans laquelle le peuple avait été réduit par des décennies d’exercice du pouvoir autoritariste et rentier d’un régime inefficace et corrompu. Cette intelligence de la situation, le peuple l’a acquise par lui-même, dans sa chair, en silence, dans l’expérience des luttes locales, marginales ou souterraines, dans le retour aux «fondamentaux», aux principes et aux valeurs les plus profondes de sa culture.

5. Deuxième leçon : Le peuple a compris qu’il lui fallait compter sur lui-même, sur ses propres forces. Et donc se débarrasser de l’illusion qu’il existe aujourd’hui, en-dehors du peuple, des structures ou des institutions capables de diriger la révolution. D’où l’invention par le peuple de l’auto-organisation, de l’autodiscipline, de la direction horizontale, de la représentation fluide et insaisissable du mouvement populaire. C’est cela qui permet au mouvement populaire d’avancer sans cesse et de résister à la répression qui s’exerce sur lui, et de ce fait, permet à la révolution de continuer son cours, de renforcer ses capacités, son efficacité et sa légitimité.

6. La révolution n’est pas un cheminement linéaire. Il y a dans ce combat d’une ampleur historique inédite, des victoires et des défaites, des hésitations et des percées, mais un an de révolution a d’ores et déjà établi une troisième leçon : La détermination, la patience, l’endurance, le souffle et la puissance, et finalement le succès, proviennent, avant et après tout, de la volonté politique.

7. Or, la volonté politique qu’exprime le peuple algérien en révolution est une volonté à la fois lucide et «objective», car la révolution ne peut plus s’arrêter au milieu du gué. La porte du passé est définitivement fermée, scellée, verrouillée. Le peuple a brûlé ses vaisseaux. Il ne peut plus retourner au rivage de l’avant février. Et, dans ce combat titanesque, le peuple algérien –la jeunesse en particulier- dispose des ressources vitales de la confiance en soi et de la légitimité. De plus, il dispose également, ressource des plus précieuses, du temps.