Khaled Drareni, au Café presse politique de Radio M Ph @DJS

Suite à la publication sur Radio M d’une contribution de Ali Bensaad intitulée « Mes vérités pour Khaled Drareni« , le chercheur franco-algérien originaire de Ain Tmouchent Yazid Ben Hounet, chargé de recherche au CNRS (France), répond à l’auteur spécialiste en géographie. Voici son texte !

La défense de Khaled Drareni – et celle des détenus d’opinion – mérite mieux que cela !

Ali Bensaad a publié un texte intitulé « Mes vérités pour Khaled Drareni ». Je ne reviendrai pas sur l’analyse d’ensemble de son texte. Chacun jugera du bien fondé de ses analyses sur l’enfermement dans le débat pervers autour de la main de l’étranger, sur la question sécuritaire, sur la démocratie…

Je lis qu’Ali Bensaad prend le parti de « balancer ». Pourquoi pas ? Mais encore faut-il le faire honnêtement et complètement. J’observe, s’agissant du cas d’Ammar Belhimer, que le ballon de baudruche s’est bien dégonflé et qu’il est maintenant question d’un seul contact avec un militaire français de la Défense, et non plus de relations avec des « institutions françaises tout azimuts ». Et encore, sur cette prétendue information – «  relation avec un militaire de haut niveau et notes stratégiques sur l’Algérie dans le cadre d’un cercle de réflexion de l’Ecole militaire » – il appartient à Ali Bensaad de nous en apporter la preuve et de nous en expliquer le contexte (s’il persiste dans ses affirmations). Sans quoi, il s’agit là d’un mensonge, doublé d’un acte de diffamation.

Quant à moi, alors qu’Ali Bensaad ne me connait pas, je suis dépeint en « complice de longue date, lié par un faisceau de liens et d’intérêts » et de « drôle témoin de moralité », faisant preuve de « duplicité ». Ayant pris connaissance de ses déboires avec Betchine et la justice algérienne à la fin des années 90′, je comprends son amertume et sa colère, et j’ai décidé de ne pas entrer en polémique avec lui pour cette raison. Mais son passif ne doit pas le conduire à accuser et à diffamer à tout va, à mettre tout le monde dans le même sac des « tous pourris ». Je lui demande donc de bien vouloir revenir à la raison et à accepter que je puisse – avec les éléments documentés, sourcés – rétablir la réalité de faits erronés, qu’il colporte – et ce sans me diffamer. Son étrange et indigne parallèle entre ma reconnaissance du fait que je ne maîtrise pas les tenants et aboutissants de l’affaire Khaled Drareni et l’attitude de ceux qui, « lâchement, se sont tus face aux « grands crimes coloniaux », « la Shoah en passant par le nettoyage ethnique de la Palestine » – rien que cela ! – disqualifie définitivement la critique d’Ali Bensaad.

J’ai bien entendu lu le texte de soutien du fils de Maurice Audin à l’égard de Khaled Drareni et vu les messages de soutien de ses confrères journalistes en Algérie et à l’étranger. La première chose qui m’est venue à l’esprit était de me procurer le jugement (datant du 10 aout) pour comprendre, analyser, décrypter, déconstruire la décision. C’est du moins ainsi que Pierre Vidal-Naquet (qui a si bien rendu justice à Maurice Audain) aurait procédé. J’ai vainement essayé de trouver dans la presse une analyse qui s’appuie sur la décision judiciaire (son argumentaire) pour éclairer le lecteur et lui donner le maximum d’informations factuelles, et surtout juridiques !, sur cette affaire. Les articles de presse abordent l’enjeu politique, les réactions à la condamnation, mais ne donnent que peu d’information juridique, si ce ne sont les seules actes d’accusation. Ce qui est bien dommage, et pour la presse et pour Khaled Drareni ! J’ai même sollicité une amie avocate à Alger pour faire ce que font les chercheurs consciencieux : se documenter à partir des sources premières ou, à défaut, à partir de sources fiables (des spécialistes du droit). Pour aider Khaled Drareni, c’est ainsi qu’il faut procéder. Hurler avec les loups, diffamer autrui, ne sont pas des attitudes constructives.

La défense de Khaled Drareni – et celle des détenus d’opinion – mérite mieux que cela !

Quant aux « adorateurs hébétés » d’Ali Bensaad, ayez au moins le réflexe de lui demander les sources, les preuves de « ses vérités », qui ne sont jusqu’à preuve du contraire que des allégations diffamantes. Ayez également l’intelligence de vous documenter sur l’auteur d’un texte. C’est ce que je demande à tous mes étudiants. Vous apprendrez ainsi qu’Ali Bensaad – contrairement à moi ou à Ammar Belhimer – travaille précisément sur des sujets susceptibles d’intéresser le Ministères français des Affaires Etrangères et celui de la Défense Nationale. Qu’il est en outre membre d’un centre de recherche – GEODE – (ici : https://geode.science/team/bensaad-ali/), partenaire du centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, relevant Ministère français de la Défense (ici : https://geode.science/partenariats/) et qu’il est membre d’honneur de l’association EUROMED-IHEDN (ici : https://www.euromed-ihedn.fr/ils-ont-ecrit.html), liée à l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (en France). Comme écrit sur le site de l’IHEDN (ici : https://www.ihedn.fr/presentation-ihedn), ce dernier est un « Établissement public, à dimension interministérielle, placé sous la tutelle du Premier ministre (…). L’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) a pour mission de développer l’esprit de défense et de sensibiliser aux questions internationales ».

Enfin, me concernant et pour info, vous pourrez dire à Ali Bensaad qu’un chercheur CNRS affecté dans un centre de recherche à l’étranger (je suis resté 3 ans à Rabat) demeure fonctionnaire du CNRS (rétribué par le CNRS) et que la dotation recherche du CNRS attribuée au centre de recherche français à l’étranger dépend également du nombre de personnel CNRS affecté dans le centre. Même Ali Bensaad, qui a été au Centre Jacques Berque, l’a été sous le statut de la délégation au CNRS (son salaire étant couvert par le CNRS pendant la délégation). Seul le personnel local, les locaux et des fonds de roulement dépendent du Ministère des Affaires Étrangères (MAE) – via l’ambassade ; Et seul le directeur du centre (Directeur de recherche au CNRS ou Professeur des Universités) est détaché au MAE, plus précisément rattaché au service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade (son salaire étant versé par le MAE et non plus par le CNRS ou son université).

Je suis resté et je reste pour ma part un anthropologue du CNRS. Et contrairement à Ali Bensaad, je ne travaille pas sur des sujets géopolitiques susceptibles d’intéresser le ministère de la défense et celui des affaires étrangères.

Yazid Ben Hounet

Chargé de recherche CNRS

Laboratoire d’Anthropologie Sociale