L’Algérie est dans une situation plus confortable pour affronter la pandémie du Coronavirus et a évité « le scénario italien ». Le constat est de Abderrahmane Benbouzid, ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. « Nous avons mis les moyens. Nous avons reçu des millions de masques, avons doté tous les hôpitaux en masques et toutes les demandes ont été satisfaites. Il n’y a plus de tension. Le stock actuel est de plus de onze millions de masques. Un sportif de haut niveau va nous envoyer 50 millions de masques. Le produit a été acheté. Actuellement, nous avons moins de 100 malades sous respirateurs alors que nous en disposons de milliers. Nos hôpitaux ne sont pas surchargés. Nous avons adopté un protocole thérapeutique qui fait que les malades sortent au bout dix à douze jours après leur hospitalisation. Certains sortent au bout de cinq jours, poursuivent le traitement chez nous. Nous ne sommes pas dans la situation dans laquelle nous étions au début de l’épidémie », a-t-il déclaré, ce mardi 14 avril à la Chaine III de la radio algérienne. Il a invité les algériens à confectionner eux même les masques. Une distribution gratuite des masques est toujours possible. «Puisque le confinement n’est pas scrupuleusement respecté, les gens continuent à se côtoyer, le meilleur bouclier reste le masque. Actuellement, nous sommes à des chiffres plus au moins stabilisés. Le meilleur paramètre est le taux de mortalité. Il est le même, 20 décès (par jour). Le constat fait par le Comité scientifique et par ceux en charge des sujets confinés est optimiste. Nous avons des centaines de cas mis sous chloroquine qui ont évolué bien et quitté les hôpitaux. Blida, qui est l’épicentre de l’épidémie, a entamé l’usage de la chloroquine avant qu’elle ne soit instituée officiellement. Aujourd’hui, Blida libère les malades, il y a moins de sujets positifs ou de malades en réanimation(…) cette stabilité est liée aussi à la prise de consience de la population », a constaté le ministre.

Le dépistage massif est impossible

Il a précisé que sur 100 cas posififs, 5 auront besoin d’une réanimation. « Il y en a de moins en moins », a-t-il noté. Un confinement total sera-t-il imposé à Alger ? « Alger, c’est 4 millions d’habitants. Il y a de la promiscuité, une proximité entre les personnes qui n’existe nulle part ailleurs. Il n’y a pas encore d’alerte pour un confinement total à Alger. Rien n’est écarté. Si le nombre de cas flambe, le confinement est inévitable, de la même manière que cela a été fait pour Blida. Le confinement total à Blida était nécessaire », a-t-il répondu. Le confinement par quartiers est, selon lui, difficile à mettre en place. « Nous avons parlé du mois de carême. Nous avons des craintes pour le soir avec des jeunes qui vont se regrouper ou autres », a-t-il dit. Il est difficile, selon lui, de répondre à la question sur le pic épidémique à l’heure actuelle en Algérie. « Nous avons les chiffres de nos tests, on teste plus on, on aura plus de chiffres. Nous savons qu’il existe des porteurs sains du Covid-19 . Nous étendu les sites du dépistage(Béchar, Adrar, Oran, Béjaia, etc). Nous avons deux types de tests : PCR et sérilogiques », a soutenu le ministre. Le dépistage massif est, selon lui, impossible. « Aucun pays ne le fait. Les tests sont faits à ceux qui ont des signes ou dans les foyers confinés. Pas pour tout le monde », a-t-il soutenu. Il a annoncé que d’autres cargaisons d’équipements sanitaires arriveront de Chine les prochains jours

« Il y aura des mesures incitatives qui feront que les médecins iront volontairement vers le Sud »

L’Agence de sécurité sanitaire, qui va être crée bientôt, sera mise sous l’autorité du président de la République. «Le président de l’agence sera nommé par le chef de l’Etat. Elle sera composée de personnalités politiques consensuelles. On va proposer des noms sur la base d’un CV et de compétences avérées et connues. L’agence sera un organe de veille qui guide les activités du ministère de la Santé », a précisé le ministre de la Santé.Il est revenu sur l’abrogation prochaine du service civil pour les médecins spécialistes. « Le service civil a été élaboré pour une situation exceptionnelle. Il ne pouvait pas durer. Il dure depuis plus de trente ans. Il ne faut pas qu’il ait deux Algéries ou deux médecines, celles du Nord et celles du Sud. Nous avons trouvé des solutions en matière de logement, de transport, de conditions de travail et de salaires. Ce n’est pas suffisant. Le service civil dans l’extrême sud est d’une année. Le médecin qui l’assure arrive en retard, repart parfois avant, n’a pas le temps de développer une activité, ne peut pas acquérir le matériel…tant de dysfonctionnements. Il y aura des mesures incitatives qui feront que les médecins iront volontairement vers le Sud du pays. Les médecins généralistes du Sud peuvent passer à la spécialité sans passer par le concours avec l’engagement de travailler dans le Sud pendant au moins six ans. Dans quatre ans, nous aurons des médecins spécialistes dans l’intérieur du pays », a-t-il annoncé. Il a rappelé que désormais les bacheliers du sud du pays peuvent accéder aux études de médecine avec une moyenne de 14/20 au lieu de 16/20. A propos de la politique de santé publique, il a estiné que les priorités sont la maternité, la lutte contre le cancer et les urgences. « Les services d’urgences sont engorgés,mal conçus, disposant de peu de moyens. Nous avons élaboré un plan des urgences plus proche des citoyens », a-t-il dit précisant que le projet de réforme est en stand by en raison de la crise du Coronavirus. « Mais, il ne faut qu’on néglige nos priorités. Nous devons travailler en parallèle, pour ne pas se retrouver dans le vide une fois la crise du Covid-19 dépassée », a-t-il préconisé. Il a indiqué que le dossier de la construction de CHU est gelé en raison des contraintes budgétaies que connait l’Etat. « Il y a un projet d’un hôpital de plus de 700 lits qui est prévu du côté de Staoueli. Je plaide pour la construction de CHR, centre hospitaliers régionaux, où il y aura toutes les disciplines, en fonction de la densité de la population et de la demande. Les CHU exige l’existence d’universités à côté avec une faculté de médecine », a-t-il annoncé.