Le petit pays du Proche-Orient vit la pire crise économique de son histoire, aggravée par la pandémie mondiale de Covid-19 et un contexte politique délicat exacerbé par les tensions entre le mouvement du Hezbollah, et les États-Unis. 

Ces derniers mois, des dizaines de milliers de Libanais ont été licenciés ou ont subi des coupes salariales. La monnaie nationale est en chute libre, de même que le pouvoir d’achat. Et les épargnants n’ont pas libre accès à leur argent, les banques ayant imposé des restrictions draconiennes sur les retraits et les transferts à l’étranger à cause de la pénurie du dollar.

En défaut de paiement, le Liban a adopté fin avril un plan de réformes pour négocier une aide du Fonds monétaire internationale (FMI), susceptible de redonner un peu de confiance à d’autres bailleurs.

Mais, après plus de deux mois et 16 séances de négociations entre l’institution basée à Washington et le gouvernement libanais, les pourparlers piétinent.

«Le FMI a quitté la séance des négociations», a dit un négociateur libanais sous couvert de l’anonymat.

Une autre source libanaise proche du dossier fustige les louvoiements des responsables libanais. «Personne (d’entre eux) ne veut de réformes» réclamées pourtant depuis des décennies. «Chaque faction lutte pour ses intérêts personnels et laisse le pays couler.»

L’incurie ne surprend pas, dans un pays abonné aux crises à répétition, écartelé entre diverses influences étrangères et où les partis sont habitués aux marchandages interminables.

Les dirigeants libanais eux-mêmes sont accusés de profiter d’un système gangréné par le clientélisme et les pots-de-vin.

«Lobby très puissant»

Il y a «un lobby très puissant» prêt «à brûler le pays pour éviter que soit exposé tout ce qu’il a commis», accuse le négociateur.

L’heure est grave, pourtant. Près de la moitié des quelque quatre millions de Libanais vivent dans la pauvreté et 35 % de la population active est au chômage.

Le ras-le-bol a déclenché en octobre 2019 un mouvement de contestation inédit contre la classe politique inchangée depuis des décennies.

À ce jour, Beyrouth espère environ 10 milliards de dollars d’aide du FMI.

Mais pendant les négociations, une commission parlementaire et le gouvernement ont même divergé sur l’estimation des déficits publics, de ceux de la Banque centrale et de ceux des banques: de 60 000 à 241 000 milliards de livres libanaises (soit des dizaines de mds USD). Le FMI a réclamé une seule évaluation.

La dernière séance «s’est très mal passée», confirme une source occidentale au fait des négociations. Le FMI a demandé «qu’on arrête de les mener en bateau».

Coup sur coup, deux hauts responsables gouvernementaux participant aux négociations ont démissionné.

La prochaine séance, purement technique, doit aborder l’épineux dossier du secteur de l’électricité — un gouffre financier.

«Pas de volonté »

Pour Mike Pompeo, le Secrétaire d’Etat américain, son pays «soutient le Liban tant qu’il mène les bonnes réformes et qu’il n’est pas sous la coupe de l’Iran.»

Parmi les réformes attendues: réduction des dépenses publiques et augmentation des recettes, à travers la collecte des taxes et la lutte contre la contrebande.

Mais «il n’y a pas de volonté politique», insiste l’analyste Nasser Yassine. Tout changement priverait les politiciens «de leur pouvoir, de leur main-basse sur l’État, l’économie et la société.»

Le FMI attend un audit des comptes de la Banque centrale et une régulation des contrôles de capitaux informels. Il réclame un flottement de la monnaie nationale, pour éliminer le gouffre entre le taux de change officiel (1,507 livres pour un dollar) et un marché noir où le dollar est échangé à 9 000 livres.

Un échec des négociations avec le FMI entraverait en outre le déblocage de 11 milliards de dollars d’aides promis en 2018 lors d’une conférence à Paris.

Pour la source occidentale, il ne pourrait y avoir d’alternative aux négociations avec le FMI. «Le pays s’écroule. Il faut le label du FMI pour vous remettre sur les rails de l’honorabilité».

Même constat pour la source libanaise proche du dossier.

«Avec un taux de change qui part en vrille et que rien» n’arrête, et «sans le FMI, le Liban se dirige vers l’enfer».