Militants, activistes et citoyens étaient au rendez-vous du 56ème vendredi du Hirak qui persiste à réclamer un changement de régime. Les craintes liées à la propagation du virus Covid-19 ne semblent pas altérer la mobilisation citoyenne contre le système. L’inquiétude est cependant palpable, le danger du coronavirus est sur toutes les lèvres. Mais les avis restent contrastés. Certaines pancartes ont appelé à suspendre les suspension des rassemblements jusqu’à nouvel ordre, d’autres s’amusaient à évoquer la situation avec dérision.

En ce 56e vendredi de manifestations à Alger, entamées le 22 février 2019, des masques de protection ont fait leur apparition. Des manifestants veillaient scrupuleusement aux respects des recommandations: pas d’embrassades, pas de serrements de mains, lavage régulier au gel désinfectant. Même s’ils ont tenu à marcher encore, de nombreux manifestants sont conscients du risque de se faire contaminer par le virus sur les lieux de rassemblement.


Le débat sur la poursuite ou non des manifestations qui a précédé ce 56e vendredi sur les réseaux sociaux, était aussi présents dans la rue ce 13 mars, ainsi que l’attestent les textes inscrits sur certaines pancartes.

Pour rappel, deux personnes sont mortes en Algérie du fait du Covid 19 et 27 personnes sont contaminées, selon le ministère de la santé.

Hier, le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a ordonné la fermeture des écoles, des universités et des instituts jusqu’au 5 avril. Les vols vers l’Espagne et le Maroc ont été suspendus et ont été sensiblement réduits t vers la France.

Le 56ème vendredi a été l’occasion de commencer un travail de sensibilisation pour convaincre, une partie des manifestants toujours très réticents, de faire une « pause » dans les marches. Une jeune femme a appelé dans sa pancarte à « suspendre les manifestations jusqu’au 3 avril pour nous protéger. Le système ne nous protègera pas. Qu’en pensez-vous? Le Hirak est le nôtre et on fait ce qu’on veut ».

D’autres estiment que la révolution doit continuer, un manifestant a noté sur sa pancarte «le coronavirus n’est d’aucun secours au pouvoir », un autre reste braqué sur la contestation du régime: «on chope le corona et on ne sera pas chopé par vous ».

Un autre manifestant se dit préoccupé par « le coronavirus, les arrestations, le gaz de schiste et bien d’autres problèmes qui touchent le pays». Mais, il dit qu’il ne peut oublier les autres problèmes comme par exemple « l’enlèvement du policier Toufik Hassani».

De fait, en ce vendredi, les manifestants ont beaucoup parlé des détenus. Ils ont rendu hommage à Slimane Hamitouche, membre de la coordination des familles de disparus, au policier Toufik Hassani et au militant Samir Belarbi, arrêtés samedi dernier et placé en mandat de dépôt après une garde à vue de trois nuits au commissariat de Cavaignac. La mise en détention de ces militants a suscité l’indignation des avocats qui ont dénoncé, à l’instar de Me Mostefa Bouchacha, « l’emprise des services de sécurité sur la justice ».