Radio M Post

1. La disparition soudaine du chef d’Etat-major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah, Dieu ait son âme, au lendemain des élections du 12 décembre crée une situation nouvelle. Elle a un effet paradoxal immédiat sur le régime.
2. D’un côté, elle le fragilise, puisqu’il est dorénavant privé de la couverture qu’assurait un homme déterminé à user des moyens nécessaires pour faire appliquer sa stratégie de « la solution de la crise », une stratégie apparemment fondée sur une perception du « Hirak » réduit à un conglomérat conjoncturel de populations manipulées, et donc manipulables par la satisfaction de certaines de leurs revendications ainsi que par une répression multiforme et calibrée visant à démoraliser et à démobiliser les manifestants.
3. D’un autre côté, et du fait même de sa fragilisation, elle permet au régime de s’ouvrir à d’autres possibilités. Sans même connaître le degré d’adhésion réelle à la stratégie du défunt de ceux qui l’ont soutenu, il est évident que la disparition d’un décideur d’un tel poids conduit non seulement à des ajustements au sein des forces du régime, mais permet aussi l’émergence de conceptions différentes et, potentiellement, de stratégies alternatives concernant la façon de faire face au mouvement populaire.
4. En effet, le régime, dans sa nouvelle configuration, pourrait, et, à notre sens, devrait enfin considérer que le mouvement populaire n’est pas un soulèvement conjoncturel, susceptible de se satisfaire de mesures formelles (comme par exemple les élections du 12/12), mais qu’il est un mouvement révolutionnaire de grande ampleur et d’une grande solidité, qui mène une révolution démocratique populaire pacifique qui continuera jusqu’au départ du régime et la mise en place, dans le cadre d’une transition démocratique, des conditions de l’édification de l’Etat de droit dans notre pays.
5. Dans une telle perspective, la volonté politique des nouveaux responsables devrait les conduire à amorcer le plus rapidement possible le processus de transition démocratique, en commençant par la libération de tous les détenus politiques, la formation d’un gouvernement intègre et compétent, accepté par le mouvement populaire et le lancement d’un processus constitutif démocratique et populaire. Et ceci afin de permettre au plus tôt la tenue d’élections démocratiques à tous les niveaux et la mise en place d’institutions pérennes à même de prendre en charge les immenses tâches qui attendent le peuple algérien souverain.